Revue de presse

    Le débat actuel à travers la presse

Dépêches de presse concernant le rapport

Le débat actuel à travers la presse

Les Echos du 24 11 06

Le gouvernement veut faire de Saclay "le premier territoire de l'innovation" en Europe

Venu inaugurer le centre NeuroSpin, Dominique de Villepin a indiqué vouloir donner au plateau de Saclay, situé à la limite des Yvelines et de l'Essonne, "des infrastructures à la hauteur de son ambition". A l'occasion de l'inauguration au CEA de Saclay de la plate-forme médicale NeuroSpin dédiée à l' étude du cerveau, Dominique de Villepin a déclaré que le gouvernement entendait faire du plateau de Saclay (Essonne), "le premier territoire de l'innovation en Europe". "Tout l'enjeu aujourd'hui, c'est de rassembler davantage nos forces comme nous le faisons à Saclay pour rivaliser avec Cambridge, avec la Silicon Valley et avec les pôles de recherche les plus ambitieux qui se constituent en Inde ou en Chine", a dit le Premier ministre. "L'innovation, c'est la croissance et les emplois de demain", a-t-il ajouté.

Afin de renforcer le potentiel de recherche et d'innovation du plateau de Saclay, le gouvernement va "transférer" l'Ecole nationale supérieure des techniques avancées et l'Ecole nationale supérieure de l'administration économique sur le campus de l'Ecole Polytechnique "avant 2010". "Nous doublerons les effectifs de l'Institut national en informatique et automatique à Saclay entre 2005 et 2009 pour atteindre plus de 450 personnes", a ajouté Dominique de Villepin.

Le gouvernement veut aussi donner au plateau de Saclay "des infrastructures à la hauteur de son ambition". "Nous lancerons dans les toutes prochaines semaines un concours international d'idées, dont le cahier des charges sera élaboré après concertation avec les acteurs locaux. Les meilleurs urbanistes au niveau mondial pourront ainsi faire des propositions d'aménagement à l'échelle du plateau", a déclaré le chef du gouvernement.

L'automne dernier, le gouvernement avait lancé une opération d'intérêt national (OIN) sur le plateau de Saclay, destinée à construire l'essentiel des infrastructures que nécessitera le développement des pôles de compétitivité mondiaux. Car le plateau, situé à la limite des Yvelines et de l'Essonne, accueille depuis de nombreuses années d'importants établissements de recherche et d'enseignement mais ne dispose pas des moyens de transport, des logements et des écoles permettant de compter davantage de chercheurs et d'industries.

FIGARO du 22 02 06

Christian Blanc, avocat de la modernité

Personne ne songerait à ranger Christian Blanc dans le camp des déclinologues. On peut reconnaître à l'actuel député des Yvelines (UDF) d'avoir pris goût à l'action avec un certain panache en rétablissant la paix en Nouvelle-Calédonie avant de sauver Air France. Plus récemment, il a participé à la commission Pébereau sur l'endettement de la France. Et l'idée de relancer l'innovation industrielle par des pôles de compétitivité régionaux vient de lui. Il ne va pas rater l'occasion de s'en servir et tirer le signal d'alarme avec ce livre titré La Croissance ou le chaos.
Car l'ancien patron passé sur le banc des politiques est convaincu que «la France est en train de passer à côté d'un mouvement général qui modifie en profondeur les règles du développement économique». On connaissait le diagnostic de Christian Blanc : les Français ne savent plus faire progresser la richesse nationale, parce que leur «modèle économique et social est mort». C'est cet «héritage de l'économie de rattrapage» d'après-guerre, avec son organisation centralisée, des universités éparpillées, des chercheurs coupés du privé, un tissu industriel isolé, qu'il convient de casser pour relancer la croissance autour des entreprises innovantes.
Cela l'a amené à préconiser une mise en réseau des industries et des universités selon le modèle à succès des fameux «clusters», cette organisation en «grappes» développée un peu partout dans le monde, des Etats-Unis à l'Espagne. C'est pour Christian Blanc l'unité de base d'un nouveau modèle de croissance.
Il y revient longuement, car il juge que la mise en oeuvre des pôles de compétitivité se révèle en France «proche de la carica ture». Ou l'actuel gouvernement n'a pas vraiment compris le ressort de cette nouvelle dynamique industrielle. Ou bien il est incapable de la mettre en place.
Qui n'entend en effet aujourd'hui des chefs d'entreprise, d'abord emballés par ces projets territoriaux, déplorer la mainmise de Bercy, le contrôle des préfets sur l'innovation, la faible implication des élus locaux et des universités, le rôle improbable des nouvelles agences pour la recherche ? Le livre de Christian Blanc réussit à démontrer que le succès, ou l'échec, des pôles de compétitivité à la française est devenu l'étalon de la réforme du pays. Ils touchent en effet des points essentiels pour faire bouger la France : la modernisation de l'Etat, la décentralisation effective des pouvoirs vers les régions, l'autonomie propre à renforcer nos universités affaiblies, une organisation industrielle stimulant la création de richesse, le financement de la recherche et de l'innovation.
C'est donc sur cette politique, devenue très visible, que le gouvernement sera jugé. Rendez-vous dès lundi prochain à Matignon où le premier ministre compte relancer les «clusters» à la française.
Laurence Chavane

MONDE du 25 11 05

Recherche : le temps du réalisme, par Philippe Kourilsky, professeur au Collège de France, chaire d'immunologie moléculaire, directeur général honoraire de l'Institut Pasteur. Au terme d'un parcours compliqué, le projet de loi sur la recherche a pris corps. Mais, sitôt connu, ce "pacte pour la recherche" proposé par le gouvernement a suscité de nombreuses réactions, dont plusieurs sont hostiles. Pourtant, il faut être honnête. Le projet de loi contient de nombreuses dispositions nouvelles, voire innovantes. Des moyens financiers significatifs ont été débloqués. Si le projet de loi n'emporte pas pour autant une large adhésion, c'est qu'il s'agit d'un compromis qui ne peut satisfaire tout le monde. Pour ma part, je souhaitais que l'on aille plus profond dans la décentralisation ; que l'on interroge sur le statut de fonctionnaire attribué précocement aux chercheurs ; que l'on précise les questions de gouvernance et le rôle d'agence de moyens que les grands organismes de recherche peuvent et doivent jouer vis-à-vis des universités. Je m'étonne que l'on crée plusieurs structures administratives nouvelles sans qu'aucune des anciennes ne soit supprimée. Je doute de l'efficacité de certaines d'entre elles, particulièrement de l'Agence nationale de l'évaluation. Malgré tout, les aspects positifs l'emportent largement. De plus, il faut bien saisir la nature du compromis promu par le gouvernement et les enjeux qui en découlent.

Le gouvernement a choisi de ne pas attaquer de front des problèmes majeurs tels que les statuts des organismes de recherche, des universités et ceux des personnels chercheurs et enseignants. Il a préféré ménager des possibilités d'évolution dans un cadre ouvert à de véritables "expérimentations", puisque, par exemple, la structure des futurs "campus" et des pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) n'est pas figée à l'avance. L'espoir est que s'installe une spirale d'évolution vertueuse. Dans une large mesure, l'avenir est ce que les acteurs de la recherche en feront. Le projet de loi les met face à leurs responsabilités. Le pari est risqué, mais peut être gagné !

Qui sont ces acteurs ? Principalement les chercheurs et les enseignants, les politiques et les administratifs. Si le projet de loi est à haut risque, c'est que chacun peut entraver le mouvement de réforme. Ainsi, la loi contient d'importantes dispositions sur le contrôle a posteriori (plutôt qu'a priori) des dépenses, d'où résultera un gain majeur de souplesse, à condition que les administrations concernées jouent le jeu.

Quid des politiques ? Les questions de recherche et d'éducation pourront-elles dépasser les clivages droite-gauche et la stérilité que ceux-ci induisent ? L'importance de ces secteurs est capitale dans un pays en situation financière difficile, dont la croissance est trop faible pour garantir le remboursement de l'énorme dette publique et le financement à venir des retraites. On rêve d'un consensus, autant que faire se peut, dépolitisé. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, et rien ne garantit, au-delà de 2007, la poursuite de l'effort budgétaire ou la non-reprise d'une politique en dents de scie dont les effets dévastateurs ont été maintes fois éprouvés.

Quant aux chercheurs et aux enseignants, ils vont devoir relever le défi d'être les promoteurs constructifs de leur propre évolution — ce qu'ils n'ont pas pu, pas su ou pas voulu faire pendant des décennies. Et ils devront le faire dans un cadre qui s'écarte sensiblement de celui qu'avaient dessiné les assises nationales de la recherche. Retour au réalisme : quand beaucoup — comme moi-même — appelaient de leurs voeux une réforme plus claire, plus profonde, plus vigoureuse, d'autres souhaitaient un dispositif conforté par plus de postes, plus de moyens financiers garantis pour le long terme. La donne n'est pas celle que les uns et les autres attendaient, mais les cartes sont sur la table et la donne est intéressante. Des moyens financiers substantiels ont été débloqués dans un contexte national contraint et voué à l'être plus encore. Des possibilités d'évolution très significatives sont ouvertes. Il faut saisir la chance. C'est à la fois une opportunité et une nécessité. Les citoyens et l'opinion ne comprendraient pas qu'il en aille autrement, et la recherche perdrait le bénéfice public et politique que les mouvements de contestation des dernières années lui ont légitimement redonné. La démarche du gouvernement inverse, en quelque sorte, la charge de la preuve. On peut ne pas apprécier, mais la réalité est que, à fronts renversés, la recherche française est au pied du mur.

Le pari doit être gagné. S'il ne l'est pas, si les conservatismes l'emportent, la recherche française sera décrédibilisée et condamnée à nouveau, et pour longtemps, à l'immobilité. Alors, chers collègues, au charbon !

MONDE du 24 11 05

Le "pacte" français pour la recherche ne répond pas aux objectifs européens. Enfin ! Hélas ! Ces deux exclamations traduisent l'état d'esprit de la communauté scientifique française devant le projet de loi d'orientation et de programmation de la recherche qui devait être présenté, mercredi 23 novembre, en conseil des ministres. Enfin, cette loi, annoncée voilà bientôt deux ans par Jacques Chirac, est proche de voir le jour. Sauf nouveau report, elle devrait être examinée au Sénat à la mi-décembre, puis discutée à l'Assemblée nationale début 2006. Hélas, le texte, rebaptisé "pacte pour la recherche" (Le Monde du 30 septembre), est très loin des attentes des chercheurs. Mais aussi des objectifs que s'est fixés l'Union européenne et auxquels la France, comme les autres Etats membres, a souscrit. En mars 2000, à Lisbonne, l'Europe s'est donné pour ambition de "devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique de la planète". Pour y parvenir, les Quinze, désormais vingt-cinq, ont décidé de porter à 3 % — contre 1,9 % aujourd'hui — la part de leur produit intérieur brut (PIB) allouée à la recherche et au développement, à l'horizon 2010. Pour la France comme pour la plupart de ses partenaires européens, le chemin à accomplir est considérable. .../... Le "pacte" proposé par le gouvernement à la nation et aux chercheurs laisse peu de chances d'atteindre ce résultat. .../... Plus généralement, le pacte national pour la recherche ne prend que timidement en compte la dimension européenne, même s'il affiche la volonté de "renforcer l'intégration du système français dans l'espace européen de la recherche". Pour le CES, "une réelle coordination avec un dispositif de recherche européen" est indispensable.

Hostiles au projet de loi actuel, une quinzaine de syndicats de l'enseignement supérieur et de la recherche — ainsi que le collectif Sauvons la recherche ! — appelaient à une journée nationale d'action, mercredi 23 novembre, pour "faire reculer le gouvernement". A leurs yeux, ce texte, "imposé sans aucune négociation", vise à "généraliser la précarité de l'emploi, privilégier de façon systématique la recherche privée, organiser le démantèlement des organismes de recherche, instaurer un pilotage gouvernemental de la recherche et organiser un système d'enseignement supérieur à plusieurs vitesses".

Un grand chantier de démolition, par Henri Audier, directeur honoraire du CNRS et Alain Trautmann, directeur du département de biologie cellulaire à l'Institut Cochin à Paris. Tous les deux sont membres de l'association Sauvons la recherche (SLR).

Si le projet de loi sur la recherche est voté en l'état, cette loi résoudra les problèmes de la recherche en France aussi efficacement que Jacques Chirac a réussi à réduire la fracture sociale en deux septennats. Ce sera un échec terrible, et prévisible. Ce projet dissimule les intentions véritables de ses auteurs, qui refusent de prendre les mesures énergiques et courageuses qui seraient nécessaires. Le gouvernement ment lorsqu'il continue d'affirmer qu'il vise l'objectif européen fixé à Lisbonne (Portugal), qui consiste à porter à 3 % du PIB la part de l'effort de recherche en 2010. Cet objectif est abandonné. .../... Le gouvernement affirmait vouloir rendre le système de recherche plus lisible. Or, sans en supprimer aucune, il a multiplié les structures nouvelles : pôles de compétitivité, pôles de recherche et d'enseignement supérieur, campus, Agence pour l'innovation industrielle (AII), Agence nationale pour la recherche (ANR). Au sommet du nouveau dispositif qui structure la recherche publique, un Haut Conseil à la recherche et à la technologie composé de 20 membres, tous nommés, sans capacité d'autosaisine et sans obligation que leurs avis soient systématiquement rendus publics. Au centre du dispositif, l'ANR, contrôlée par le ministère. Elle a le quasi-monopole des fonds incitatifs, et donc de la politique de recherche. A côté du dispositif, l'Agence d'évaluation de la recherche. Elle est chargée de juger désormais les laboratoires et les individus, non plus sur une base scientifique, mais sur une base "stratégique" : la conformité de leurs recherches aux objectifs technocratiques. Dans cet engrenage, on voit mal ce qui reste à la société et au Parlement dans la détermination des grands choix, et la marge d'initiative scientifique qui restera, à terme, aux chercheurs. .../...

Les états généraux de la recherche avaient placé les universités au centre de leurs propositions : mise à niveau des moyens, possibilités accrues pour les universitaires de faire de la recherche, fort renforcement de l'évaluation, partenariats plus équilibrés et, dans ce contexte, gestion scientifique par les universités de leur propre budget recherche. Mais seule l'idée d'autonomie de gestion est retenue — bien que dévoyée — dans le "pacte" pour la recherche. Sans moyens nouveaux, et privées de l'appui d'organismes qui auront été fortement affaiblis, seules quelques universités pourront surnager dans la course aux contrats et aux labels prétendus d'excellence, délivrés par le gouvernement. L'amplification de la fracture universitaire qui en résultera est aux antipodes de ce que proposaient les états généraux : une mise en réseau par des pôles de recherche et d'enseignements supérieurs (PRES), tirant l'ensemble du système vers le haut en favorisant les coopérations régionales.

Manifeste dans ce projet de loi, le refus, obtus, du gouvernement d'être à l'écoute des citoyens est lourd de conséquences. Même le très mesuré Conseil économique et social (CES) vient de rendre, sur cette loi, un avis qui rejoint nombre de nos critiques (sur l'insuffisance de l'effort global, l'absence de plan pluriannuel pour l'emploi, le mode de fonctionnement du Haut Conseil, etc.). Nul ne se fait d'illusions sur la capacité de ce gouvernement à en tenir compte. Il faut donc, et c'est une responsabilité collective, que tous ceux qui se sentent concernés par la recherche disent leur refus de cette loi. Les élus de la nation, à l'Assemblée nationale et au Sénat, sauront-ils entendre leurs concitoyens ? Auront-ils le courage de s'en faire l'écho, de dire fortement pourquoi ce projet de loi serait désastreux pour notre pays ?

NOUVEL OBSERVATEUR du 03 11 05

Quand la Chine secoue l'université française. La politique universitaire chinoise est en train de provoquer des rapprochements spectaculaires entre universités et grandes écoles françaises. Une métamorphose que dix ministres de l'Education n'étaient jamais parvenus à amorcer. « Coups de pub » ou révolution ?  .../... Voilà un certain temps que des rapprochements interuniversitaires couvaient en France. Mais l'électrochoc de Shanghai a tout précipité, accélérant la mise au point des Pôles de Recherche et d'Enseignement supérieur (Pres) et des « pôles de compétitivité », inspirés d'un rapport du député Christian Blanc, qui préconise des « logiques de sites ». Un des « penseurs » de ce travail est Bernard Belloc, ancien président de l'université de Toulouse-I, qui vient d'être nommé conseiller universitaire à l'ambassade de France... à Pékin. Des regroupements qui prennent l'allure d'une véritable course. Jugez plutôt. .../... 1er juillet 2005 : les trois universités de Grenoble créent le Comité d'Orientation stratégique de Grenoble Universités, premier pas vers un rapprochement de l'offre des trois établissements, projet très soutenu par Christian Blanc, qui pense que Grenoble pourrait ainsi « figurer dans les 20 premières mondiales ». .../... Un peu partout, un vent de coopération remplace donc des rivalités de prés carrés. On réalise, vu de Pékin, combien il est fâcheux d'avoir saucissonné la Sorbonne en Paris-I, Paris-III et Paris-IV, alors que la « marque » Sorbonne est la référence universitaire française numéro un à l'étranger. Voilà donc un nouvel avatar de l'« effet papillon » : un battement d'ailes à Pékin provoque un cyclone au quartier Latin, à Paris. Ces rapprochements sont-ils juste de « l'affichage publicitaire », comme le redoute Jacques Julliard, ou stimuleront-ils notre excellence universitaire ? L'avenir le dira...

LE MONDE du 09 10 05

Les chercheurs déçus par le "pacte" de Villepin. "Une énorme déception." Alain Trautmann, porte-parole du collectif Sauvons la recherche ! (SLR), est amer. Le projet de loi sur la recherche élaboré par le gouvernement est, à ses yeux, "globalement mauvais" . Ce texte, dont Dominique de Villepin avait dévoilé les grandes lignes (Le Monde du 30 septembre) et qui est consultable en ligne ( www.pactepourlarecherche.fr), a été transmis, mercredi 5 octobre, au Conseil économique et social. Il doit être présenté en conseil des ministres à la mi-novembre, puis débattu en première lecture au Parlement avant la fin de l'année. Pour le ministre de l'éducation, Gilles de Robien, et le ministre délégué à la recherche, François Goulard, ce document "scelle un pacte entre la nation et ses chercheurs" . Le projet de "loi de programme pour la recherche" ne consacre pourtant que douze lignes, en tout et pour tout, à la "programmation de l'effort national en faveur de la recherche" . Il indique seulement que cet effort atteindra "un montant cumulé de 6 milliards d'euros supplémentaires sur la période 2005-2007", ce que Jacques Chirac avait annoncé voilà déjà un an.

LES ECHOS du 30 09 05

La fusée de la recherche. Sans elle, la France est condamnée à tomber. Avec elle, la France peut retrouver un avenir. L'effort en faveur de la recherche annoncé hier avec force par Dominique de Villepin mérite donc d'être salué.

.../... Si les entreprises n'investissent pas assez dans les laboratoires, c'est parce qu'elles n'ont pas envie de le faire. Et cette envie est suscitée d'abord par l'efficacité de la dépense publique. Dominique de Villepin a conscience de cette faille. Il a parlé hier de la nécessaire « intensification des interactions entre recherche publique et recherche privée ». Nombre de dispositifs doivent contribuer à ce rapprochement vital, de l'Agence de l'innovation industrielle aux projets de l'ANR en passant par les pôles de compétitivité ou l'Agence d'évaluation. Sur le papier, tout est prêt pour que les comportements changent. La réussite ou l'échec sera dans l'application, dans les têtes, et non dans les textes. 

LES ECHOS du 28 09 05

Vivre au futur grâce à la recherche par Yannick VALLÉE, premier vice-président de la Conférence des présidents d'université. .../... Que nous dit cette affaire HP (à part bien sûr, qu'il faut tout faire pour que ces emplois soient maintenus) ? Que la France ne peut plus se payer le luxe rassurant et douillet de vivre au présent, qu'elle doit à tout moment se projeter dans l'avenir. Faire de l'informatique, oui. Mais celle de demain, voire d'après-demain. Il est infiniment moins cher de fabriquer un ordinateur familial à Taiwan qu'en Europe. Aucune logique protectionniste ne nous protégera, pas plus en informatique que dans l'industrie textile. C'est en nous-mêmes que nous trouverons la force de résister et il n'y a qu'une voie de sortie : le futur. Toujours garder un pas d'avance sur les autres. Ralentir, c'est disparaître

.../... Monsieur le Premier ministre, ne gâchons pas l'avenir de la France par une loi et des choix financiers à courtes vues. La loi doit prendre en considération cette obligation périlleuse mais incontournable et ô combien exaltante : la France est condamnée à vivre au futur. L'ensemble risque de décevoir ceux qui rêvaient d'une remise à plat radicale du système de recherche français. Voilà quelques jours, le président de l'UMP et ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, avait fait courir un frisson d'aise dans les rangs de la Conférence des présidents d'université (CPU), en préconisant de placer les universités au centre de ce système, sur le modèle anglo-saxon. L'effroi avait au contraire saisi beaucoup de chercheurs devant la proposition de transformer les grands organismes, comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui sont aujourd'hui les principaux animateurs de la politique scientifique, en "agences de moyens qui financent, évaluent, mais ne gèrent pas ou peu" . L'ensemble risque de décevoir ceux qui rêvaient d'une remise à plat radicale du système de recherche français. Voilà quelques jours, le président de l'UMP et ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, avait fait courir un frisson d'aise dans les rangs de la Conférence des présidents d'université (CPU), en préconisant de placer les universités au centre de ce système, sur le modèle anglo-saxon. L'effroi avait au contraire saisi beaucoup de chercheurs devant la proposition de transformer les grands organismes, comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui sont aujourd'hui les principaux animateurs de la politique scientifique, en "agences de moyens qui financent, évaluent, mais ne gèrent pas ou peu" . 

LE MONDE du 22 09 05

Le gouvernement tarde à s'engager sur l'avenir de la recherche française. Le premier ministre doit présenter, jeudi 29 septembre, un "plan pour la recherche". Le retard de la loi annoncée en 2004 révèle les réticences de l'Etat à planifier postes et crédits jusqu'en 2010. "Temps suspendu" , "trou noir" , "calme avant la tempête" ... Les chercheurs ne manquent pas de métaphores pour décrire l'ambiance qui règne dans les laboratoires. Aucune n'est empreinte de beaucoup d'optimisme. La loi d'orientation et de programmation de la recherche (LOPR) accumule les retards. Et risque fort, estime Jacques Fossey, secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU), de n'être qu'un "pétard mouillé" . Faute de programmation véritable des moyens. Voilà bientôt deux ans que la communauté scientifique attend ce texte, annoncé par Jacques Chirac en... janvier 2004, lors de ses voeux aux "forces vives" de la nation. Il devait être adopté, avait alors promis le chef de l'Etat, avant la fin de la même année. Depuis, le calendrier n'a cessé de filer, victime des remaniements ministériels successifs.

L'ANR, nouvelle agence sous surveillance. 5300 dossiers examinés, dont le quart devrait être retenu ; 350 millions d'euros de crédits distribués en 2005, et près de 600 millions d'euros engagés sur deux ou trois ans selon les cas... L'Agence nationale de la recherche (ANR) a fait une entrée en force dans le paysage scientifique français. Installée en février, cette agence de moyens a vocation, sur le modèle de la National Science Foundation (NSF) américaine, à financer des projets de recherche sélectionnés sur dossier dans des thématiques affichées comme prioritaires (santé, nouvelles technologies, énergie) ou choisies librement (programmes "blancs"). Ce financement ciblé se distingue de celui, dit de base ou récurrent, qui est alloué au fonctionnement ordinaire des laboratoires, avec une évaluation a posteriori. Pour le gouvernement, il s'agit de mettre le système français en conformité avec "les meilleures pratiques internationales". Avantages escomptés : la possibilité de faire émerger, de façon plus réactive, des projets novateurs. Mais aussi, observent les détracteurs de l'ANR, de contourner les grands organismes.

LE MONDE du 02 07 05

La loi sur la recherche débattue à la fin de l'année. Le nouveau ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche, François Goulard, s'est saisi, au côté de Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, du dossier de la loi d'orientation et de programmation de la recherche, laissé en souffrance par le précédent gouvernement. Il fait le point de l'avancement de ce texte, annonce les orientations budgétaires de 2006 et esquisse ses priorités.

.../... Vos prédécesseurs, François Fillon et François d'Aubert, ont laissé en chantier la loi d'orientation sur la recherche. Le reprenez-vous en l'état ? Oui. Les orientations définies sont les bonnes, qu'il s'agisse de la création d'un Haut Conseil de la science, de l'harmonisation des dispositifs d'évaluation, de la promotion d'une culture de projet, d'une meilleure coopération entre organismes, du partenariat entre secteurs public et privé, d'une politique d'innovation plus affirmée ou de l'amélioration du statut des chercheurs, notamment des jeunes. Sur tous ces points, les discussions sont déjà avancées. Mais tout n'est pas arrêté. Nous sommes dans la phase finale d'un processus de longue haleine.

Quel est désormais le calendrier de la loi sur la recherche ? Le projet de loi sera présenté au Conseil économique et social à la rentrée de septembre. Le texte passera alors devant le Conseil d'Etat, puis sera présenté en conseil des ministres à l'automne. Nous serons prêts pour un début d'examen au Parlement avant la fin de l'année. Nous restons donc dans le calendrier annoncé.

Mais la loi n'entrera pas en vigueur, comme prévu, au 1er janvier 2006... Nous ne sommes pas maîtres de la durée des débats parlementaires. Au reste, tout ne relève pas de la loi. Beaucoup de mesures, comme l'évolution du statut des chercheurs, le fonctionnement des pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) ou l'assouplissement de l'administration des organismes sont d'ordre réglementaire.

Les péripéties politiques retardent l'issue d'une longue crise avec les chercheurs. 

La concertation a bien commencé. Elle va s'approfondir. Aucun sujet n'est tabou..." Lundi 27 juin, Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, et François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche, se félicitent devant un petit groupe de journalistes convoqués à la hâte Rue de Grenelle. Ils viennent de discuter pour la première fois, pendant près de trois heures, avec les représentants des syndicats de chercheurs et du collectif Sauvons la recherche ! (SLR).

Quelques minutes plus tard, dans la cour du ministère, les membres de la délégation improvisent à leur tour une conférence de presse. Le ton n'est pas le même. "Le ministère a été contraint d'ouvrir des négociations. (...) Il y a des ouvertures, mais pas de garanties", rapporte Jacques Fossey, secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU), qui parle d'une "rencontre tendue" . Les porte-parole de SLR font état d'une "défiance persistante" et attendent de "voir si l'ouverture faite par les ministres se concrétise ou non", pour décider de leur participation aux futures discussions.

C'est dire combien, entre les chercheurs et le gouvernement, la reprise du dialogue reste fragile. Et combien les presque quatorze mois au cours desquels François Fillon et François d'Aubert ont eu en charge les affaires de la recherche laissent le goût amer d'une occasion gâchée. D'un échec d'autant plus décevant que les deux hommes avaient en main de bons atouts pour réussir. 

LIBERATION du 01 07 05

Recherche: frénésie autour des millions
Des chercheurs contestent la dotation faite à l'ANR, l'agence nationale créée cette année. En juillet, les négociations continuent au ministère de la Recherche. Reçus lundi par les deux ministres ­ Gilles de Robien (Education et Recherche) et François Goulard (recherche) ­, les syndicats et le mouvement Sauvons la recherche (SLR) ont été invités à participer «chaque jour de la semaine prochaine» à des réunions de travail pour finaliser le projet de loi d'orientation et de programmation de la recherche promis par Jacques Chirac pour... décembre 2004. Réunions auxquelles devraient participer les représentants des comités nationaux du CNRS et des universités. Lors de cette entrevue, les deux ministres ont confirmé les chiffres décisifs du budget 2006. La recherche publique devrait bénéficier de 380 millions d'euros de plus qu'en 2005, en dotation directe des organismes de recherche (CNRS, Inserm, IRD, Inra...) et des universités. Une somme couvrant la création de 3 000 postes (chercheurs, universitaires, ingénieurs et techniciens) recrutés au cours de l'année et des crédits d'équipements. L'Agence nationale de la recherche, créée cette année avec 350 millions d'euros, devrait, elle, en toucher 590 millions selon les projets ministériels.

.../... Les premiers mois de fonctionnement de l'ANR expliquent la vive sensibilité des scientifiques. Son directeur général, Gilles Bloch, se démène pour que les premiers crédits 2005 soient distribués... «à l'automne», affirme-t-il. Résultat d'une mise en route à grande vitesse : en moins de cinq mois, lancement des appels d'offres et surtout constitution de comités d'évaluation qui, à raison de vingt-cinq à trente scientifiques pour chacun des trente programmes, mobilisent des centaines de chercheurs. La plupart des projets devraient être expertisés et classés dès cet été. Mais les scientifiques qui ont répondu aux appels d'offres risquent de ne pas apprécier le résultat. Selon Gilles Bloch, «au moins 8 000 projets seront proposés par les équipes, dont plus de 4 000 déjà déposés». Or le taux de succès sera au mieux de 30 %, et même de 20 % pour le programme «jeunes chercheurs».

LIBERATION du 16 06 05

Loi. Le nouveau ministre prend son temps. Toujours pas de rendez-vous avec les chercheurs. «Nous n'avons pas encore reçu de réponse officielle à notre demande de rendez-vous.»  Alain Trautmann, porte-parole du mouvement Sauvons la recherche (SLR), attend toujours une réaction à sa missive, envoyée dès l'entrée en fonction du ministre délégué à la Recherche et l'Enseignement supérieur, François Goulard, au début du mois. Même impatience du côté des syndicalistes. Pourtant, le ministre consulte.

.../.. Il y aurait urgence à de telles rencontres puisque le ministre confirme la remise au Conseil économique et social d'un projet de loi d'orientation et de programmation sur la recherche «avant la fin du mois de juin», afin de permettre, selon le discours de politique générale du Premier ministre, un examen «en septembre» au Parlement. Respecter ce calendrier tout en laissant une dernière chance à une négociation du texte par les acteurs de la recherche devient chaque jour moins crédible.  

LIBERATION du 13 05 05

Les chercheurs vont au clash. Manifestations le 20 mai, après la rupture des discussions avec le gouvernement. Rupture de dialogue. C'est le nouvel état des relations houleuses entre le gouvernement et les scientifiques. Hier, syndicats (1) et Sauvons la recherche (SLR) ont annoncé leur décision de «rompre les discussions» et de ne plus se rendre aux réunions convoquées par les ministres à partir du 15 mai. Et entonné l'air de la mobilisation. SLR donne rendez-vous aux scientifiques d'Ile-de-France pour une assemblée générale le 17 mai, à midi, au couvent des Cordeliers. Et annoncé des manifestations le 20 mai à Paris et dans sept villes de province (2), dans le cadre d'une journée d'action «pour la recherche et l'enseignement supérieur». Coup de sang, ultimatum ? Les scientifiques ont surtout perdu patience. Au cabinet de François d'Aubert, on annonce une réaction du ministre demain, lors de la visite d'un centre du Commissariat à l'énergie atomique. cf LIENS

nouvelobs.com 

Les chercheurs cessent de négocier. Le monde de la recherche a annoncé jeudi 12 mai, dans un communiqué, cesser toute discussion avec le ministère de la Recherche sur le projet de loi en préparation pour le secteur, en raison du "refus du gouvernement" de s'engager sur l'avenir, et a appelé à manifester le 20 mai.
Les représentants des chercheurs ont "décidé collectivement d'interrompre, à dater du 15 mai, toute discussion avec le ministère tant que l'annonce d'une programmation conforme à l'esprit des Etats-généraux de la Recherche (de novembre dernier) n'aura été faite officiellement", ont précisé les auteurs du communiqué". Ils estiment que "le processus de discussion avec le ministère dans le cadre de la préparation de la Loi d'Orientation et de Programmation pour la Recherche (...) est aujourd'hui au point mort". cf LIENS

L'USINE NOUVELLE du 04 05 05

Innovation : Vive le foisonnement ! par Jean-Louis Marrou, rédacteur en chef.
On aurait tort de snober la nouvelle politique industrielle, sous prétexte que le foisonnement des initiatives ne débouche pas tout de suite sur un magnifique jardin à la française, articulant les projets les uns aux autres dans un bel ordonnancement. Deux bonnes nouvelles pour l'innovation. Primo, l'examen en cours des 105 candidatures aux pôles de compétitivité semble indiquer que la qualité est au rendez vous. Une bonne demi-douzaine de projets présentés par les régions répondraient aux critères du départ. Et le Gouvernement de se féliciter qu'une consultation menée dans un délai de quelques mois ait suscité un tel mouvement d'intérêt (et une telle application) de la part des industriels, des collectivités locales et des organismes de recherche. Deuxième bonne nouvelle : le groupe de travail franco-allemand de coopération économique, mis en place en octobre dernier, a adopté quatre programmes de haute technologie que des consortiums d'entreprises et de centres de recherche, issus des deux pays, sont prêts à mettre sur les rails : réseaux multimedia du futur, expansion de la téléphonie mobile et des terminaux multimedia, imagerie moléculaire à très hauts champs. Et l'on devrait bouder son plaisir ?
Sous prétexte que le foisonnement des initiatives ne débouche pas illico presto sur un magnifique jardin à la française, articulant les projets les uns aux autres dans un bel ordonnancement, il est de bon ton de jouer les Cassandre. Certes, en faisant tache d'huile dans les territoires et en Europe, la nouvelle politique industrielle souhaitée par la France, avec la complicité de l'Allemagne et la bénédiction de la Commission, risque de poser un problème de coordination entre les différents niveaux d'intervention et les différentes institutions créées pour relancer la recherche et l'innovation. On l'a d'ailleurs plusieurs fois pointé dans ces colonnes.
De fait, il y a dans la complexe tuyauterie qui se met en place, un danger de dilution des financements et des responsabilités. Prenons l'exemple de l'imagerie moléculaire. Ce projet d'optique de pointe, qui vise à mettre au point des équipements pour détecter des maladies en analysant les tissus de la peau, a, comme on le sait, été retenu dans le cadre de la coopération franco-allemande. Mais, dans l'Hexagone, le Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) l'avait déjà identifié comme l'une des technologies à promouvoir. Et sur les 32 millions d'euros de financement dont bénéficiera, dans ce cadre, la plate-forme Imagen (CEA, Inserm), 19,1 millions proviendront de la nouvelle Agence nationale de la recherche. De surcroît, le CSIS a indiqué que cette plate-forme pourrait également s'inscrire dans le cadre d'un pôle de compétitivité. Il ne manquerait plus que la future Agence de l'innovation industrielle ne s'empare à son tour du projet, pour que le tour complet des nouveaux dispositifs soit bouclé !
" Gare au tiraillement entre les nouvelles agences ! Attention à ne pas saupoudrer ! ", alertent les bonnes âmes. " Il manque un maître d'ouvrage qui chapeaute le tout, s'inquiètent-elles. Il faut avoir une cohérence d'ensemble en France et en Europe, partir d'une politique industrielle, exprimer des besoins, donner la maîtrise d'ouvrage et, enfin, financer les projets " Fort bien ! Mais à vouloir tout raisonner dans le cadre d'un modèle jacobin où l'Etat joue les architectes, on risque de se figer dans une posture surannée. Les projets de haute technologie relèvent de compétences pointues et multiformes. La nouvelle politique industrielle s'appuie sur de multiples acteurs (industriels, centres de recherche, établissements de formation) au niveau régional, national et européen. Il faut donc admettre une part de foisonnement et de complexité. Et accepter de se projeter dans une logique multilatérale. Ce qui est vrai pour les grands chantiers d'innovation, l'est tout autant pour la construction européenne.

FIGARO du 02 05 05

Innovation. Le gouvernement arrêtera «fin juillet» la liste des pôles de compétitivité. Deux mois après son arrivée à Bercy, Thierry Breton a tenu à marquer son vif intérêt pour la création de «pôles de compétitivité», un projet lancé à l'automne 2004 par Matignon. La sélection finale des futurs pôles aura lieu avant «fin juillet», a indiqué vendredi le ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie lors de la visite de l'un des sites candidats, la Cosmetic Valley à Chartres. La première phase «d'évaluation» des candidatures s'est achevée vendredi. Elle sera suivie d'une réflexion interministérielle, puis d'un Comité interministériel d'aménagement du territoire (Ciat) «au cours duquel on annoncera les labels» et la quantité de sites sélectionnés. A ce stade, en effet, le nombre de projets qui bénéficieront des avantages fiscaux et sociaux prévus n'est pas encore déterminé. L'instauration de pôles de compétitivité, associant entreprises, centres de formation et unités de recherche, dans le cadre de mesures destinées à lutter contre les délocalisations, a été annoncée mi-septembre par le gouvernement Raffarin. Une enveloppe de 750 millions d'euros sur trois ans y sera consacrée sous forme de subventions publiques, de prêts bonifiés, d'exonérations d'impôt sur les sociétés et d'allégements de charges sociales. «Les critères de sélection sont multiples : la crédibilité, la masse critique, la visibilité, la synergie entre les acteurs. Il faut surtout une visibilité et une lisibilité suffisante pour être armé dans la compétition mondiale», a indiqué Thierry Breton. Il s'agit de réinventer l'économie française, en la structurant autour de ses «compétences» plutôt que des territoires, a insisté le ministre. Lancé du 4 décembre au 28 février, l'appel à projets pour obtenir le label «pôle de compétitivité» a suscité le dépôt de 105 dossiers, dans différents secteurs d'activité : agroalimentaire, biotechnologies, industrie, transport, textile, mécanique, etc. La Cosmetic Valley est le premier site candidat visité par le ministre des Finances.

LE MONDE du 29 04 05

Le gouvernement face au casse-tête des pôles de compétitivité. Deux mois après la clôture de l'appel à candidatures pour les pôles de compétitivité, le gouvernement commence à avoir une nouvelle idée du potentiel industriel de la France. Les 105 projets remis le 28 février au ministre (UDF) chargé de l'aménagement du territoire, Gilles de Robien, donnent une image positive et plus dynamique que certaines mauvaises nouvelles comme le moral des patrons en berne ou les délocalisations. Personne, en effet, n'imaginait qu'en moins de trois mois, des entreprises, des chercheurs, des universitaires, des responsables régionaux parviendraient à mettre sur pied autant de projets (Le Monde du 9 février). Surtout, on se préparait au ministère de l'industrie à classer très vite "hors sujet" huit dossiers sur dix. Or les trois quarts se révèlent très intéressants. Dans l'entourage de Gilles de Robien, on estime qu'une douzaine, voire une petite quinzaine, de projets répondent aux quatre principaux critères définissant un pôle de compétitivité : l'association d'industriels, de laboratoires de recherche et d'une université ou d'un centre de formation, tout en ayant une notoriété internationale, avérée ou potentielle. A Matignon, on en voit une dizaine d'"incontestables" . Certains bien connus, comme le pôle Minalogic, promu par Grenoble, qui associe un laboratoire du CEA, le LETI, et plusieurs industriels spécialisés dans les nanotechnologies, ou encore le pôle aéronautique, dans lequel Toulouse et Bordeaux ont uni leurs forces, voire la BioValley d'Alsace, spécialisée dans les innovations thérapeutiques. Reste à classer les autres dossiers et à décider ce que l'Etat peut leur apporter. Les experts du groupe de travail interministériel ­ piloté par la direction générale des entreprises de Bercy et par la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (Datar), impliquant des experts du ministère de la recherche, de la défense, de la santé ou de l'agriculture ­ estiment qu'aucun dossier ne pourra être retenu s'il ne répond pas à trois impératifs : un pilotage industriel clair, des coopérations entre plusieurs entreprises, et une stratégie. En revanche, certains pôles qui font plus appel à l'innovation qu'à la recherche de pointe doivent être distingués, car ils sont importants pour la "compétitivité du pays" , reconnaît-on à Matignon.

.../... Travailler ensemble.  Pour l'instant l'enveloppe prévue est de 750 millions d'euros, la moitié venant du budget de l'Etat, à travers des exonérations d'impôts sur les sociétés, de taxe professionnelle, de taxe foncière, de cotisations sociales. Jean-Pierre Raffarin ne serait pas opposé à ce qu'elle soit revue à la hausse. A Bercy, on rappelle que la défiscalisation est loin d'être le seul enjeu de ces pôles. "Les finances publiques sont un liant utile pour solvabiliser les démarches. Mais ce n'est pas l'essentiel : il faut aligner la logique d'allocation des ressources de la puissance publique avec les pôles de compétitivité" , indique un proche du ministre de l'économie.Il ajoute que les pôles de compétitivité ont pour objectif de "sortir de la logique de saupoudrage à l'ancienne des moyens de l'Etat pour les concentrer autour des pôles. C'est un tournant majeur dans la vision de l'aménagement du territoire" . Le ministère des finances rappelle qu'aux moyens prévus s'ajouteront ceux de plusieurs organismes publics comme l'Agence pour l'innovation industrielle, l'Agence nationale pour la recherche, l'Anvar ou Oseo (ex-Banque des PME). Mais quelle que soit l'aide financière, le premier pari des pôles decompétitivité est tenu : celui d'avoir fait travailler ensemble des industriels, parfois concurrents, des chercheurs, des universitaires, des élus, qui ne se parlaient pas avant. Le second, la visibilité internationale, a aussi bien avancé.

Des réformes nécessaires. "Après l'annonce de l'appel à candidatures, j'ai fait un tour des grandes villes de France pour en expliquer le concept. A chaque fois, il y avait entre 350 et 700 personnes dans la salle : des chefs d'entreprise, des chercheurs, des directeurs de laboratoire, des universitaires, des responsables locaux... Le principe et les objectifs étaient bien reçus et compris" , note Christian Blanc, député des Yvelines (app. UDF), et auteur d'un rapport sur les pôles de compétitivité.

L'ancien PDG d'Air France prévoit que dans les cinq ans qui viennent, 150 pôles de compétitivité peuvent éclore en France. Mais il estime que certaines réformes sont nécessaires pour accompagner ce phénomène : "Il faudra notamment que les régions aient les moyens d'action économique pour suivre les projets, donner aux universités leur pleine autonomie et transformer les établissements publics de recherche afin qu'ils deviennent des agences de moyens pouvant détacher les chercheurs" , estime M. Blanc.

LE MONDE DU 23 04 05

Le CNRS cherche, dans la douleur, à se réformer. La longue lutte des blouses blanches pour "sauver la recherche", puis le difficile accouchement de la loi d'orientation et de programmation de la recherche avaient fait passer au second plan la réforme du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle revient aujourd'hui sur le devant de la scène, avec un projet de "nouvelle organisation"  poussé par le directeur général de l'organisme, Bernard Larrouturou. .../... La volonté que le CNRS reste "un établissement fort"  devrait donc rassurer les chercheurs.D'autres principes fondateurs sont en revanche de nature à les inquiéter. Ainsi de l'affirmation que le CNRS doit "inscrire son activité dans le continuum formation-recherche-innovation"  et "contribuer au rapprochement entre recherche publique et recherche privée". Une formulation qui brise le dogme d'un organisme dédié à la seule recherche fondamentale, même si celle-ci "doit rester le socle de son activité". Autre sujet sensible, le partage des compétences entre le CNRS et les universités. "La recherche française n'aura un bel avenir que si le dispositif national évolue dans le sens de renforcer la capacité des établissements d'enseignement supérieur à être des acteurs forts sur la scène européenne et internationale, capables de définir et de mettre en oeuvre leur politique scientifique, souligne le projet. Le CNRS doit construire sa réflexion stratégique en intégrant pleinement cette perspective de développement des universités."

.../... Enfin, cinq directions interrégionales seraient créées, couvrant l'Ile-de-France, le Nord-Est, le Nord-Ouest, le Sud-Est et le Sud-Ouest. Elles auraient pour mission d'assurer "le dialogue avec les partenaires du CNRS en régions (universités, écoles, collectivités locales)", ainsi que "le montage et le suivi de pôles et de projets régionaux".
Davantage qu'un rejet frontal, ce projet suscite des interrogations et des craintes chez les agents du CNRS. Certains redoutent que la nouvelle structuration régionale de l'organisme, au contact des universités et des entreprises, relègue sa politique scientifique nationale au second plan.
.../... Dans le même temps, des chercheurs du CNRS ont lancé une pétition en ligne... en faveur du projet de réforme. Signée par plus d'un millier de scientifiques, dont beaucoup de directeurs de laboratoires, elle affirme que ce projet est nécessaire pour "dynamiser le CNRS".
 

LES ECHOS du 12 04 05

Dépasser les clivages entre université et cité par Alexandre DORNA, professeur de psychologie sociale et politique, université de Caen. Les chercheurs battent le pavé au moment même où la recherche (technologique) est proclamée comme une des priorités pour l'avenir du monde. Etrange paradoxe. Ainsi, une affaire sérieuse, parce qu'il va de l'avenir, risque de tourner à l'anecdote, par le truchement des images médiatiques, le manque de clarté stratégique (sur l'essentiel) du mouvement « Sauvons la recherche » et l'incohérence des responsables politiques en charge du dossier. Rien d'étonnant à ce que le petit écran offre de l'événement une vision anodine : la « braderie » des cerveaux, le cliché des blouses blanches et les manipulations des petits animaux de laboratoire. Beaucoup plus étonnant : des « porte-parole » se limitent à des revendications plutôt corporatistes (postes et crédits) sans s'engager sur les questions de fond. Enfin, personne n'est surpris : les autorités avancent parcimonieusement avec des mesures de colmatage sans prendre de décisions efficaces. Moment d'incompréhension sans doute, mais surtout moment de malaise qui traverse l'ensemble de l'enseignement supérieur, le statut de la science et le rôle de la recherche. Moment où poser les vrais enjeux dénote d'une plus ou moins grande sensibilité républicaine.

Le salaire des chercheurs par Jean-Louis FAGES, directeur général d'A2 iA. Traditionnellement, la recherche scientifique a su faire la force de la France sur la scène internationale et accélérer son développement économique, avec de grands projets tels que la carte à puce, le TGV ou encore les avions Airbus. Si cette recherche fondamentale n'est pas à remettre en cause, force est de constater que la recherche appliquée accuse un retard important et qu'il est urgent de faire évoluer les mentalités. En effet, les laboratoires universitaires sont renfermés sur eux-mêmes et le fruit de leurs recherches conduit de plus en plus rarement à des applications concrètes valorisées. La France peine à renouveler ses structures de recherche, héritées de près d'un demi-siècle. La raison ? Il est indiscutable que les laboratoires de recherche universitaire doivent entretenir des relations étroites avec les entreprises, notamment et surtout avec les PME-PMI innovantes et génératrices de projets à forte valeur ajoutée. Ces deux mondes ont besoin de se rapprocher pour créer ensemble leur avenir et nouer des relations étroites pour développer les innovations de demain, créer la valeur indispensable au développement économique de notre société et donner aux jeunes chercheurs un avenir dans notre pays. Donnons-nous les moyens de ces alliances et travaillons à ce qu'elles s'intensifient ! Dans cet écosystème idéal, la valeur générée par chacune des deux entités serait fortement bénéfique à l'autre.

Du financement des labos publics par Marie-Odile FAUVARQUE, chercheuse au CEA, membre du comité de suivi des états généraux de la recherche et du collectif « Sauvons la recherche. Il y a un réel gâchis de la part de l'Etat quand de nombreux chercheurs dont l'activité est évaluée comme bonne, voire excellente, par leur organisme de tutelle ou leur université n'ont pas les moyens suffisants pour travailler. Les responsables de projets sont donc contraints à la recherche de subsides par le biais d'appels d'offres émanant d'associations civiles, d'industriels, de ministères ou de l'Union européenne, particulièrement en biologie où les coûts ont explosé. Ils y dépensent un temps considérable et se détournent de leur mission de recherche.

LE MONDE du 12 04 05

Les grandes écoles face à l'Université par Christian Margaria, président de la Conférence des grandes écoles. .../... Dans le contexte national actuel de l'enseignement supérieur et de la recherche qui ressemble davantage à une effervescence de panique qu'à une organisation stratégique, et où le politique suit beaucoup trop le technocrate, la sagesse conseille de ne pas toucher à ce qui fonctionne en faveur de ce qui fonctionnera peut-être, et de reconnaître que la construction responsable d'un dispositif d'enseignement supérieur et de recherche articulé autour des grandes écoles et des universités ne pourra se faire sans une concertation réelle entre les partenaires, dans le respect de leurs spécificités et de leurs cultures.

 
FIGARO du 12 04 05
 
Désillusions budgétaires pour l'université Pierre-et-Marie-Curie. Qui bénéficiera des 6 milliards d'euros que le gouvernement s'apprête à injecter dans la recherche d'ici à 2007 ? Apparemment pas les universités qui négocient en ce moment avec l'Etat leur contrat d'établissement pour la 2005-2008. Pourtant, si l'on en croit les discours entendus depuis plus d'un an, les établissements d'enseignement supérieur sont censés être au coeur de la future loi d'orientation et de programmation de la recherche et de l'innovation (Lopri) qui doit entrer en vigueur le 1er janvier prochain.
.../... «Contrairement à ce qui est dit, l'argent ira aux organismes de recherche et aux grandes écoles mais pas chez nous, lâche Gilbert Béréziat avec son franc-parler habituel. Il y avait pourtant une occasion historique de mettre en pratique le discours officiel, entendu à droite comme à gauche, selon lequel les universités doivent aller vers plus d'autonomie. Encore faut-il leur en donner les moyens.»
Car il n'y a pas que le budget recherche. L'UPMC n'a obtenu que 9,5 millions d'euros du ministère de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur pour assurer la maintenance de ses nombreuses infrastructures (trois CHU, trois stations de biologie marine...) pour des besoins estimés à 48 millions d'euros sur quatre ans, dont 10 millions rien que pour le désamiantage du campus de Jussieu. «Si le même scénario se répète dans d'autres établissements cela va éveiller des doutes sur la distribution des crédits», souligne Yannick Vallée, vice-président de la Conférence des présidents d'université qui confirme que les négociations budgétaires sont «difficiles partout».

LIBERATION du 07 04 05

Projet de loi. A Matignon, un petit pas pour la science. Les scientifiques ne se contentent pas des 3 000 postes promis pour 2006. «Un pas important, avec quelques chiffres précis pour 2006, mais un grand flou subsiste», déclarait hier soir Alain Trautmann, porte-parole du collectif Sauvons la Recherche, en sortant de Matignon. .../... La loi ne doit pas seulement prévoir des moyens supplémentaires, mais aussi porter sur des réformes du système de recherche, l'évaluation des chercheurs et des laboratoires, les universités. Or, sur ces points, la discussion ­ «courtoise», précise Trautmann, on était loin des rodomontades de Raffarin lors du mouvement des chercheurs, ­ est restée «d'un grand flou». Le Premier ministre n'ayant qu'évoqué la nécessité d'ouvrir les discussions pour une rédaction rapide du texte. Une prudence qui s'explique : les visions sur l'avenir du système, et notamment du rôle des universités, restent assez contradictoires. Le risque est donc grand de voir la montagne accoucher d'une souris : un petit mieux budgétaire à court terme, fruit direct de la pression exercée par les scientifiques. Et la perspective d'une relance ambitieuse du système, couplée à une réforme audacieuse, qui exige celle de la gouvernance des universités, repoussée sine die.

LE MONDE du 05 04 05

Recherche fondamentale : le gouvernement fait fausse route. Point de vue  par Yves COPPENS, professeur au Collège de France,  chaire de paléoanthropologie et préhistoire avec Gérard FUSSMAN, professeur au Collège de France, chaire d'histoire du monde indien; Axal KAHN, directeur de recherches à l'Inserm, directeur de l'Institut Cochin; Jean-Claude PECKER, astrophysicien, professeur honoraire au Collège de France; Gabriele VENEZIANO, professeur au Collège de France, chaire des particules élémentaires, de la gravitation et de la cosmologie; Jean-Pierre VERNANT, historien de l'Antiquité, professeur honoraire au Collège de France; Hubert REEVES, astrophysycien, directeur de recherches au CNRS.

En 2004, les chercheurs de toutes disciplines, de plus en plus amers face à la place réduite de la recherche dans les budgets publics et privés, se sont mobilisés pour "sauver la recherche". Ce fut un magnifique élan de la part d'une collectivité fière et blessée. Le gouvernement accorda quelques créations de postes. Mais le débat reste entier. Nous avons le sentiment que ni les pouvoirs publics ni les grandes industries (à de très rares exceptions près) n'ont de la "recherche" la même définition que les chercheurs eux-mêmes. Si bien que le problème, encore sans solution véritable, continue d'être posé de façon de plus en plus cruciale

Une menace lourde pèse sur l'avenir de la recherche en France, et, par voie de conséquence, sur toute la vie intellectuelle, économique et sociale. C'est pourquoi, un an plus tard, les chercheurs se font à nouveau entendre.

LA CROIX du 04 04 05

L'Europe veut doper la recherche. Mercredi 6 avril, le débat s’ouvre à Bruxelles sur les priorités de la recherche européenne pour les sept prochaines années.
C’est un programme de recherche contenant de grandes nouveautés que la Commission européenne doit présenter demain. Comme tous les cinq ans, la Commission ouvre un vaste débat législatif sur la politique de recherche pour les années à venir.
.../... Les propositions pour la période 2007-2013 sont donc désormais sur la table. La philosophie du programme a évolué. «L’ancien commissaire Philippe Busquin voulait créer un espace européen de la recherche ; le nouveau, Janez Potocnik, veut mettre la recherche au service de la croissance», explique un fonctionnaire européen.

.../... Faire respecter l'engagement de consacrer 3% du PIB européen à la recherche. 

Avec la nouvelle Commission dont la priorité est la relance économique, il s’agit de faire de la recherche un des moteurs de la croissance. Dans la course économique mondiale, l’Europe doit innover. Une recherche forte et solide en est la condition. Ainsi le Slovène Janez Potocnik, commissaire chargé de la recherche, entend bien faire respecter les engagements des chefs d’État et de gouvernement, à Lisbonne en 2000, de consacrer 3% du PIB européen à la recherche d’ici à 2010.
Du jamais vu : le commissaire demande un doublement du budget consacré à la recherche !

.../... Cette recherche se fait sous forme de partenariats regroupant universitaires, instituts de recherche, laboratoires, entreprises d’au moins trois pays européens différents. Certains projets regroupent plusieurs dizaines de partenaires.

LIBERATION du 02 04 05

Recherche: le gouvernement pas très pressé
Enième réunion sur la loi de programmation à Matignon le 6 avril. Raffarin convoque à Matignon, le 6 avril, les chercheurs... qui en appellent au président de la République. Nouvel épisode du feuilleton de la loi pour la recherche, promise par Jacques Chirac en mars 2004 après l'énorme mobilisation des scientifiques. Et signe de l'embarras du gouvernement, incapable de tenir les délais ­ la loi devait être proposée avant fin... 2004 ­ ni de mettre sur la table des propositions chiffrées.
.../... Pendant les discussions sans fin sur la réforme de l'évaluation des chercheurs, le gouvernement avance ses pions. Mise en place d'une Agence nationale de la recherche pilotée par le ministère. Nominations politiques dans les organismes ­ dernière en date à l'Ifremer, confiée à l'ancien directeur de cabinet d'Hervé Gaymard. Création des pôles de compétitivité. Alain Trautmann, au nom de Sauvons la recherche, vient d'écrire à Jacques Chirac pour lui demander que la réunion du 6 avril à Matignon permette d'apprendre enfin les propositions du gouvernement pour la loi d'orientation et de programmation. Faute de quoi, souligne cette missive, sa mise en oeuvre pourrait bien ne pas survenir «avant 2007». Curieuse manière française de répondre à l'urgence d'une relance de la science européenne, soulignée par le bilan officiel de l'échec de la stratégie de Lisbonne (Libération du 23 mars) qui fixe un objectif de 3 % du PIB pour la recherche en 2010.

LE FIGARO du 23 03 05

RECHERCHE  Les chercheurs inquiets par le report de la loi d'orientation. .../... «Le calendrier est sans cesse retardé. Soit le gouvernement a décidé d'enterrer cette loi, ce qui ne peut être accepté par les citoyens après ses engagements répétés, soit il veut la repousser après le référendum du 29 mai (sur la Constitution européenne), ce qui ne ferait qu'alimenter la défiance de la communauté scientifique», a résumé Alain Trautmann, porte-parole de SLR, lors d'un point presse. La veille, le ministre délégué à la Recherche, François d'Aubert, avait expliqué sur RTL que le projet de loi serait présenté en Conseil des ministres «à la fin du premier semestre, ou à la rentrée parlementaire du mois d'octobre». Soit un retard de près d'un an par rapport au calendrier initial fixé par le président de la République qui promettait la remise du texte avant la fin de l'année 2004.

Dans l'entourage de François d'Aubert, on confirme qu'«il y aura bien une loi» et que «les pouvoirs publics veulent cette réforme au moins autant que les chercheurs». Selon cette source, le gouvernement ne peut pas être tenu pour seul responsable du retard accumulé : la tenue des états généraux de Grenoble, en octobre dernier, a été décalée d'un mois à la demande de la communauté scientifique. Ensuite, le gouvernement a proposé, en janvier dernier, «de prendre le temps de discuter avec les syndicats pour dissiper certains malentendus concernant, notamment, le financement de la recherche publique». Enfin, la tenue du référendum sur la Constitution européenne va écourter la session parlementaire de quinze jours. Ce qui reporte automatiquement l'examen du texte à l'automne, sauf si le Parlement décide de se réunir en session extraordinaire. Autre difficulté, les organismes de recherche et les universités ont des positions divergentes sur un certain nombre de points cruciaux, comme l'évaluation, le financement et le fonctionnement des futurs pôles de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) prévus par la future loi.
Une délégation du «comité de suivi», mis en place par les états généraux de la recherche, sera reçue le 6 avril à Matignon par Jean-Pierre Raffarin et les deux ministres chargés du dossier, François Fillon et François d'Aubert. «On verra ce jour-là si on obtient des arbitrages clairs», a déclaré Alain Trautmann.
Nous allons mettre la communauté scientifique sur le pied de guerre jusqu'à l'été», a prévenu de son côté le secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU), Jacques Fossey.

LE MONDE du 23 03 05

Pour un impôt européen en faveur de la recherche. Point de vue par Alain Trautmann, Patrick Pelloux, Gérard Pelletier, Claudy Lebreton, Alain Rousset, Pierre Larrouturou.

Recherche, éducation, santé, logement, décentralisation... La liste est longue des questions fondamentales pour notre avenir sur lesquelles le gouvernement accumule les effets d'annonce, sans garantir les financements.
Faut-il s'obstiner à baisser les impôts des plus riches et, dans le même temps, imposer une austérité de plus en plus inacceptable aux écoles, aux hôpitaux, aux centres de recherche ? Peut-on dégager 1,5 milliard d'euros pour soutenir les restaurateurs et,"faute d'argent", asphyxier l'hôpital ou les collectivités locales ? Faut-il décentraliser le RMI et les routes nationales sans donner aux collectivités les moyens financiers correspondant à ces dépenses ? Confondant, comme dit Axel Kahn, "compétitivité et précarité", le gouvernement précarise, l'un après l'autre, des pans entiers de la société.
Peut-on sérieusement dire que le chômage est dû, dans nos pays, à un manque de compétitivité ?

LBERATION du 23 03 05

Europe Une recherche fauchée et distancée.

Presque aucun Etat n'a progressé vers l'objectif de 3 % du PIB. L'écart se creuse avec les Etats-Unis.
Dans «économie de la connaissance», il y a connaissance. Truisme ? Pourtant, si on considère l'action des gouvernements et de la Commission européenne depuis le lancement en fanfare de la «stratégie de Lisbonne» (lire ci-contre), on peut en douter. Au coeur de l'échec patent de cette stratégie, l'incapacité des gouvernements, comme de la Commission, à relancer la recherche publique et le soutien à l'innovation industrielle.Presque aucun Etat n'a progressé vers l'objectif de 3 % du PIB. L'écart se creuse avec les Etats-Unis.
.../... L'atonie financière va de pair avec l'absence d'initiatives pour un pilotage européen de la recherche ­qui suppose un transfert de souveraineté ­ condition sine qua non pour rivaliser avec le concurrent américain.

LE MONDE du 19 03 05

Picardie et Champagne-Ardenne créent un pôle d'industrie végétale. Les deux régions ont répondu ensemble à l'appel du gouvernement sur les pôles de compétitivité. Elles veulent voir reconnaître l'excellence de leurs industries dans le domaine de la transformation des matières premières végétales et développer leur potentiel de recherche. Certains parlent d'une "vallée de l'or vert". D'autres évoquent une future "Silicon Valley des raffineries végétales". Le nom officiel du projet est plus sobre : "pôle de compétitivité industries et agroressources". Il mobilise depuis plusieurs mois chercheurs, industriels, représentants des chambres consulaires et élus locaux, sur un territoire qui englobe Amiens et Compiègne, en Picardie, et Reims en Champagne-Ardenne.

LE MONDE du 15 03 05

Recherche  : d'abord restaurer la confiance dans l'Université, par Christian Chardonnet, physicien, directeur de recherche au CNRS et Pierre Netter, biologiste, professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie à Paris. Entre chercheurs et enseignants du supérieur, la convergence, qui a atteint son point d'orgue aux états généraux de Grenoble (octobre 2004), a été un facteur majeur de la dynamique aboutissant à la demande de création d'un grand ministère regroupant recherche et enseignement supérieur. Aujourd'hui, les acteurs de la recherche interviennent en ordre dispersé dans le débat sur le projet de loi d'orientation et de programmation de la recherche (LOP). Parmi les questions en débat figure la demande de la Conférence des présidents d'université (CPU) de voir attribuer globalement les crédits de recherche aux universités, disposition qui ne figurait pas dans le "brouillon de brouillon" du projet.

De quoi s'agit-il ? Tous les quatre ans, un contrat est signé entre chaque université, le ministère et les organismes de recherche. Le ministère répartit directement les crédits aux laboratoires reconnus dans le cadre de ce contrat. L'université ne peut en prélever qu'une fraction inférieure à 15 % pour mener une politique scientifique sur des projets qu'elle juge prioritaires. La "globalisation" réclamée par la CPU signifierait qu'une université reçoive ces crédits de recherche et les répartisse entre ses laboratoires, suivant sa propre politique. L'enjeu est de taille, car une part très importante de la recherche publique française s'effectue dans les universités.

Il est a priori légitime que les universités réclament une meilleure maîtrise de leur financement de recherche (qui leur échappe, contrairement aux organismes nationaux et aux universités de grands pays comme la Grande-Bretagne et l'Allemagne) pour mener une politique scientifique propre. Il s'agirait d'un changement de mœurs salutaire. La promesse d'un accroissement significatif du budget de la recherche est une chance pour mener à bien cette évolution en profondeur. Mais une telle réforme doit se faire dans la confiance.

LES ECHOS du 15 03 05

Réformer la recherche pour innover. par Pascal COLOMBANI, « associate director » chez AT Kearney et membre de l'Académie des technologies. L'écart entre la France et ses concurrents en termes de croissance, de création d'emplois et de richesses risque de se creuser. Elle est en effet forte sur des marchés à faible valeur ajoutée et peu présente sur les marchés de demain. Or, les politiques de réduction des coûts et des charges n'apportent qu'une réponse très partielle au problème. Seule la valeur ajoutée issue de l'innovation nous permettra de rester compétitifs face aux pays industrialisés et aux pays émergents. Tel est le diagnostic établi par le rapport de Jean-Louis Beffa sur l'innovation industrielle. Quant à la solution proposée, elle ressuscite une approche volontariste nationale (éventuellement européenne) de soutien au développement de nouveaux produits et services, sur des thématiques sélectionnées, au travers d'une agence qui consentirait des avances remboursables aux industriels parties prenantes. Mais on peut imaginer aller encore plus loin. Le décrochage français date des années 1990 et du développement des technologies de l'information et de la communication et des biotechnologies. Or, ces secteurs à forte croissance ne se prêtent guère à des schémas dirigistes (voir l'échec du plan Calcul). De même, l'idée de champion national, ou même européen, n'a plus beaucoup de sens.

LE MONDE du 12 03 05

L'Agence nationale de la recherche s'installe dans la contestation. 350 millions d'euros prévus en 2005 pour des travaux sur la santé, la technologie et l'énergie."Nous allons avancer au pas de charge, pour que les premiers appels à projets soient lancés dans les prochaines semaines et que les financements arrivent dans les laboratoires avant l'été." Nommé directeur de l'Agence nationale de la recherche (ANR) de fraîche date, Gilles Bloch, directeur adjoint du cabinet de François d'Aubert, ministre délégué à la recherche, veut agir vite. Mardi 8 mars, la nouvelle structure a adopté son programme d'activités pour 2005. Sans attendre la loi d'orientation de la recherche, dont l'ANR constitue pourtant une pièce aussi centrale que controversée.

La création de cette agence avait été annoncée par Jean-Pierre Raffarin en juin 2004, à la suite du mouvement des chercheurs. Elle est ensuite apparue, comme une coquille encore vide, dans le projet de budget 2005. Elle a finalement vu le jour avec le Journal officiel du 9 février, qui indique qu'elle a pour objet de "soutenir le développement des recherches fondamentale et appliquée, l'innovation, le partenariat entre le secteur public et le secteur privé". Cela, "par le financement de projets sélectionnés sur des critères d'excellence scientifique et technique".

LE MONDE du 11 03 05

Plus de 7  000 chercheurs ont manifesté à Paris et en province pour "un autre projet". De jeunes scientifiques ont signé une lettre de "non-démission", un an après l'action collective de leurs aînés, pour refuser "la précarité que le gouvernement impose comme un horizon indépassable"."Nous ne démissionnerons pas !" Ils étaient 200 jeunes chercheurs sans statut rassemblés, ce mercredi 9 mars, dans un amphithéâtre de la Sorbonne chauffé à blanc. Voilà exactement un an, le 9 mars 2004, leurs aînés, patrons de laboratoire ou directeurs d'équipe, avaient démissionné de leurs fonctions administratives pour "sauver la recherche". Eux ont choisi, au contraire, de signer une "lettre de non-démission". Sous les vivats, un doctorant et une doctorante ont lu, à deux voix, le texte de la missive qui sera portée, par une délégation, au ministère de la recherche. "Nous n'accepterons pas la précarité que le gouvernement impose à la jeune génération comme horizon indépassable", est-il écrit. Une précarité qui se traduit, aujourd'hui, par le fait que 60 % des étudiants préparant une thèse ne reçoivent aucun financement, que plus de 10 000 titulaires d'un doctorat sont en attente d'un poste stable, que près de 30 % des chercheurs occupent un emploi non garanti et que 7 000 personnels techniques et administratifs n'ont qu'un contrat à durée déterminée. Mais ces résistants se veulent également les "porte-parole" de la communauté scientifique tout entière. "Face à la volonté du gouvernement d'imposer un projet de loi dangereux pour l'avenir de notre société, poursuivent-ils, nous affirmons notre détermination à nous battre. Nous appelons tous nos concitoyens à nous aider à sauver la recherche en France."

FIGARO du 10 03 05

Les chercheurs ont manifesté pour maintenir leurs revendications chiffrées. Comme il y a un mois, ils étaient plusieurs milliers de chercheurs – environ 5 000 selon les organisateurs, 3 000 selon la police – à défiler, hier à Paris, contre l'avant-projet de loi d'orientation et de programmation de la recherche et de l'innovation, actuellement préparé par le gouvernement. D'autres manifestations avaient lieu en province à l'appel des syndicats de chercheurs et du collectif Sauvons la Recherche, fer de lance du mouvement qui avait conduit, il y a exactement un an, à la démission administrative de plusieurs milliers de directeurs de laboratoire. Les revendications n'ont pas changé depuis la précédente journée d'action du 4 février. «Recherche et enseignement supérieur : un autre projet est possible», proclamait la banderole déployée en tête de la manifestation parisienne.

L'examen de la loi retardé à cause du référendum. La priorité de Jacques Chirac est en effet de préserver les chances d'une victoire du oui le 29 mai. Donc de ne pas ouvrir de nouveaux fronts susceptibles de tourner à la contestation du gouvernement. Même si Raffarin croyait dimanche en la «perspective d'un accord avec les chercheurs». Père, avec François d'Aubert, de la future loi sur la recherche, François Fillon ne croit donc pas à une présentation du projet de loi en Conseil des ministres avant le référendum, ce qui renvoie cette première étape au début du mois de juin. Mais l'examen au Parlement ne pourra pas commencer dans la foulée. Ce texte étant une «loi d'orientation et de programmation», il doit être préalablement présenté au Conseil économique et social. Ce qui rallonge le délai d'un mois environ et ne permet un examen à l'Assemblée nationale qu'en juillet. Or la session ordinaire s'achève le 30 juin. Compte tenu des vacances parlementaires liées à la campagne référendaire, un prolongement de la session, d'une quinzaine de jours, est peut-être envisageable, mais il est probable que Jean-Louis Debré tentera de refuser une quatrième session extraordinaire consécutive d'un mois. Dans le meilleur des cas, seul un examen en première lecture par l'Assemblée serait donc possible avant la trêve estivale, l'examen définitif ayant lieu en toute hypothèse début octobre, en pleine rentrée universitaire, c'est-à-dire à un nouveau moment à haut risque pour le gouvernement...

LIBERATION du 10 03 05

La recherche refuse l'euthanasie par Henri Audier, administrateur du CNRS, membre du Collectif national de Sauvons la recherche. Pénurie de chercheurs, manque de moyens et de crédits, l'avenir scientifique est en danger. Aggraver la pénurie de scientifiques qui se profile, c'est programmer le suicide d'une nation. Cela ne sera pourtant pas faute de l'avoir dit et redit : la France et l'Europe vont manquer cruellement d'ici à quelques petites années de scientifiques, d'ingénieurs, d'universitaires, de chercheurs du secteur public ou privé. Depuis cinq ans, nombreux sont ceux qui ont tiré la sonnette d'alarme, individuellement ou collectivement, de l'Académie des sciences aux syndicats. Cette catastrophe programmée est confirmée avec éclat par deux rapports de l'Inspection générale de l'Education nationale et de la recherche (Igenr), qui viennent d'être publiés à la Documentation française. La Commission européenne ne dit pas autre chose quand elle constate, qu'au regard des Etats-Unis et du Japon, il manque 700 000 scientifiques en Europe et donc de l'ordre de 100 000 en France. Or, c'est en ce début de siècle que se joue la qualité de notre recherche et de notre enseignement supérieur pour les trente ans qui viennent. Près de la moitié des scientifiques va devoir être remplacée en dix ans, du fait des départs en retraite. Passer de 2 % à 3 % du PIB pour la recherche implique d'accroître fortement le potentiel humain public et privé. Il faudra faire son deuil d'une politique de l'innovation ou du développement d'industries à forte valeur ajoutée, si on ne possède pas, pour ce faire, les gens formés par la recherche. .../... Considérant cette situation catastrophique, les états généraux de la recherche ont proposé une panoplie de mesures complémentaires à la fois pour que la recherche irrigue l'ensemble des activités sociales et pour attirer plus d'étudiants vers le doctorat et la recherche. Au moment où se prépare une loi d'orientation et de programmation de la recherche, le gouvernement doit faire de ce problème la priorité des priorités.

LIBERATION du 09 03 05

L'emploi des jeunes au coeur du conflit. Alain Trautmann, Porte-parole de Sauvons la recherche : «De sérieux motifs d'inquiétude». Lors de l'entrevue qu'Edouard Brézin, le président de l'Académie des sciences, et moi avons eue avec le Premier ministre, le 1er mars, nous lui avions posé des questions précises sur l'Agence nationale de la recherche (ANR, ndlr) et sur la programmation de l'emploi scientifique. Le Premier ministre n'y a pas répondu. On doit s'interroger sur les raisons de cette difficulté à s'engager sur des chiffres. D'autre part, on peut se demander pourquoi ce projet de loi est sans cesse différé. Annoncé pour la fin décembre, puis pour la fin janvier, repoussé à la fin février... Jean-Pierre Raffarin demande maintenant trois semaines de plus. Que se passe-t-il au gouvernement pour qu'il ne parvienne pas à rédiger ce projet de loi ?

Les chercheurs en ébullition. Hier, ils étaient 4 000 à défiler à Paris contre le projet du gouvernement. La mobilisation des scientifiques s'est maintenue à haut niveau, hier. Et le gouvernement reste sous pression, alors qu'il tente de trouver une approbation au moins partielle à son projet de loi d'orientation et de programmation pour la recherche. A Paris comme à Lyon, Marseille, Bordeaux, Dijon, Grenoble, Toulouse, Lille, Tours, Brest... cortèges et rassemblements souvent festifs, à l'appel du collectif Sauvons la recherche et des syndicats se sont succédé. Tous protestant contre le projet actuel, accusé de sacrifier la recherche fondamentale et de poursuivre la précarisation des personnels.

LES ECHOS du 08 03 05

Pôles de compétitivité : 105 projets en lice. Patrick Devedjian propose de modifier le mode de sélection. Un peu plus de trois mois après son lancement, l'appel d'offres du gouvernement en direction du monde de la recherche, de l'industrie et de l'enseignement supérieur pour l'obtention du label de pôle de compétitivité a donné lieu à une impressionnante mobilisation dans toutes les régions. Pas moins de 105 projets dont « Les Echos » donnent la liste sont remontés à Paris. Parmi ceux-ci, quelque 26 dossiers associent au moins deux régions, tandis que Rhône-Alpes cumule sur son territoire pas moins de 19 projets de pôle. L'heure du tri a désormais sonné entre ceux dont la vocation, selon Patrick Devedjian, le ministre de l'Industrie, « est de faire gagner la bataille de la compétition internationale » - pouvant donc prétendre au label « pôle de compétitivité » - et ceux qui « peuvent déjà être un instrument de la croissance à l'échelon national ». Afin de dissiper toute frustration, le ministre propose de procéder à la désignation de ces pôles d'excellence dès juillet, préalablement à la nomination des pôles de compétitivité, dont il renvoie la sélection définitive ultérieurement.

LIBERATION du 07 03 05

La recherche privée de moteur. Le projet de loi du gouvernement exclut la société civile à l'unique profit des entreprises, par Christophe Bonneuil, secrétaire de la fondation Sciences citoyennes. Les avancées scientifiques et techniques sont des facteurs majeurs de changement dans nos sociétés. Souvent porteuses de progrès, parfois porteuses de risques et de nouvelles dépendances, elles sont rarement discutées et orientées de façon démocratique. D'où les crises et les contestations citoyennes de ces dernières années. Dès le printemps 2004, avec d'autres associations, nous avions avancé que la crise de la recherche n'était pas un phénomène conjoncturel, limité aux coupes budgétaires du gouvernement Raffarin, mais correspondait à une coupure plus profonde du rapport entre science et société. Bien qu'exclu du comité d'initiative et de proposition constitué par des responsables de l'Académie et du collectif Sauvons la recherche, nous avions fait des propositions pour démocratiser la prise de décision sur les choix scientifiques et techniques, et pour faire des acteurs sociétaux à but non lucratif (producteurs de connaissances ouvertes comme le logiciel libre, associations d'usagers, de malades, de solidarité et de défense de l'environnement...) des acteurs et partenaires de la recherche à part entière. A entendre le gouvernement parler d'un «nouveau pacte entre la recherche et la nation» en introduction du projet de loi d'orientation et programmation de la recherche, on pouvait espérer que le message avait été reçu. A lire le texte, il n'en est rien.

LES ECHOS du 04 03 05

Réforme de l'université : dépasser les mythes paralysants par HORIZONS UNIVERSITAIRES 

Aujourd'hui l'université ne fait plus de vagues. Elle ne fait plus parler d'elle. On pourrait croire qu'elle s'est assagie, endormie, qu'elle vit enfin des heures apaisées. Et pourtant ! L'université française s'est transformée depuis trente ans comme aucun autre service public n'a eu à le faire. Elle est devenue un élément fondamental de l'aménagement du territoire. Elle a accueilli de très nombreux jeunes issus de toutes les couches de la société, tout en faisant reculer le taux d'échec en premier cycle. Elle a professionnalisé ses filières. Elle a promu une recherche de qualité dans tous les champs du savoir. Enfin, elle a réussi à harmoniser ses formations dans un cadre européen. Pourtant ce n'est rien à côté des défis qui l'attendent maintenant, face à des économies et des sociétés du XXIe siècle de plus en plus fondées sur le savoir...
« Horizons universitaires » se veut un cercle de réflexion et, à ce titre, fait appel à tous les projets et à toutes les contributions susceptibles de faire évoluer l'enseignement supérieur. Pour que le système universitaire français vive la plénitude de ses missions, au-delà des frontières qui séparent aujourd'hui formation initiale, formation continue, professionnalisation, recherche fondamentale et finalisée ou appliquée, transfert de technologie, rôle du savoir dans l'économie et dans la société.
Nous venons d'horizons divers, nous sommes d'anciens responsables universitaires, et nous avons été syndicalistes - enseignants ou étudiants -, responsables ministériels et nous avons tous une conviction : il est urgent de renouer le dialogue.
Libérés de nos obligations de réserve, nous avons décidé de dialoguer sans tabou. Nous ne détenons aucune certitude mais sommes déterminés à remettre en question les préjugés et les affirmations péremptoires. Nous souhaitons, parce que nous aimons l'université, en discuter avec celles et ceux qui sont intéressés par une démarche transversale qui dépasse les clivages partisans.
 
LIBERATION du 04 03 05

Recherche. Raffarin veut calmer les chercheurs. Une nouvelle journée d'actions est prévue le 9 mars. Devant le risque d'un nouveau conflit avec les scientifiques, Matignon reprend la main. Mardi, Jean-Pierre Raffarin a reçu, à sa demande, durant une heure et demie, Alain Trautmann et Edouard Brézin. Le premier est porte-parole de l'association Sauvons la recherche (SLR), qui organisa une mobilisation exceptionnelle des labos publics en 2004. Le second préside l'Académie des sciences et joua un rôle important dans la tenue des états généraux de la recherche, à Grenoble, en novembre dernier. Promesse du Premier ministre : rendre des arbitrages dans les «trois semaines» en se rapprochant des propositions des scientifiques. .../... Dans un contexte politique morose le Premier ministre veut couper l'herbe sous le pied de cette mobilisation. Et, pour cela, mettre fin à la cacophonie gouvernementale.

LES ECHOS du 25 02 05

Rapport Beffa : la potion magique par Danielle Blondel, professeur émérite à Paris-Dauphine et membre de l'Académie des technologies. Appelé au chevet de l'industrie, le docteur Beffa rend un diagnostic clair : malade de vieillesse, elle est trop faible en haute technologie pour rester compétitive. Il faut donc innover et le président de Saint-Gobain prescrit de grands programmes publics financés par l'Etat et pilotés par des industriels.

Que vaut cette thérapie qui ignore les acteurs essentiels de l'innovation que sont les chercheurs, les jeunes entreprises technologiques et les collectivités locales et qui confie le pilotage de la politique d'innovation aux industriels traditionnels ? Peut-on ignorer le rôle croissant des chercheurs dans la dynamique industrielle ?

L'innovation dépend de plus en plus des savoirs scientifiques et, au plan mondial, on s'arrache les chercheurs comme en témoigne le « brain-drain » international. La France, qui produit environ 10.000 docteurs par an, est bien dotée à cet égard mais, paradoxalement, nos entreprises n'apprécient guère les chercheurs qui occupent donc une place dans la population active inférieure d'un tiers à ce qu'elle est aux Etats-Unis, au Japon ou en Suède. Or, le rapport Beffa ne propose rien pour mettre la France en phase avec les pays concurrents. Il se fait ainsi l'écho des industries traditionnelles qui sous-estiment le rôle de la recherche. Peut-on mépriser le rôle des créateurs d'entreprises innovantes dans une quête de compétitivité ?

L'EXPRESS du 21 02 05

Manque à chercher. Les crédits ont été partiellement rétablis. Mais, à l'arrivée, on se retrouve au point de départ et l'on a perdu deux années  par Claude Allègre.
La révolte des chercheurs, qui a commencé l'année dernière, est justifiée. Pendant deux années, le gouvernement n'a pas donné aux laboratoires publics l'argent nécessaire à leur fonctionnement. Résultat: une chute de 30% des crédits. Un manque à chercher considérable. Du coup, ce sont non pas les syndicats de chercheurs qui ont sonné le tocsin de la révolte, mais les directeurs de laboratoire. Sans idéologie, par pure nécessité. Le gouvernement a répondu à cet appel de détresse en annonçant le retour à des financements normaux, puis le président de la République a décrété la recherche priorité nationale et tracé une perspective à dix ans d'augmentation des moyens financiers. Ce que le Premier ministre a traduit en annonçant une augmentation programmée des budgets et une loi préparée avec les chercheurs. Un peu naïvement, ceux-ci sont entrés dans le jeu et ont organisé discussions, forums et colloques.
.../... Ceux qui nous gouvernent (et beaucoup de technocrates de tout bord) pensent que la recherche fondamentale est un luxe réservé aux Etats-Unis, qui font l'essentiel des découvertes, comme le montre l'attribution des prix Nobel. Selon eux, nous ferions mieux de concentrer nos efforts sur les recherches finalisées économiquement rentables. Ainsi veut-on créer une agence dont le rôle serait de financer, prioritairement et largement, les recherches faites avec les entreprises, en laissant la recherche fondamentale de côté.
Je voudrais dire avec force que cette stratégie est idiote. Il n'y a de recherche appliquée efficace que si la recherche fondamentale est vivace. La recherche, c'est de l'argent sans doute, mais c'est également des compétences accumulées, des découvertes essentielles faites tous les jours et pas forcément sanctionnées par des prix Nobel, un état d'esprit enthousiaste et créatif.

Si notre recherche fondamentale s'affaiblit, nos formations supérieures seront de second ordre, car recherche et enseignement de haut niveau, plus que jamais, sont indissociables. Nos meilleurs élèves iront étudier ailleurs! Messieurs les Ministres, vous vous trompez, il ne faut pas donner l'argent de la recherche publique aux entreprises. Il faut que les entreprises donnent de l'argent aux labos de recherche publics, comme aux Etats-Unis que vous admirez tant!

NOUVEL OBSERVATEUR du 17 02 05

Qui sauvera la recherche française? Universités : le moral en berne. Les «SOS université», on s’y est habitué. Mais, cette fois-ci, la coupe est pleine: quatre universités françaises seulement dans les cent premières mondiales, Polytechnique même pas dans les 200 premières... c’est l’électrochoc. Cet hiver, les universitaires sont de très mauvaise humeur.  

Chercheurs : qui aura les sous? Recherche fondamentale ou recherche appliquée? C’est le débat de fond. Chercheurs et universitaires apprécient les milliards annoncés pour la recherche. Mais le conflit se déplace sur un terrain très miné: à qui iront les fonds, sachant qu’universités et grandes écoles crient misère? A la recherche fondamentale ou appliquée? Aux organismes (CNRS, Inserm...), aux facs, aux écoles? La préparation de la loi d’orientation sur la recherche tourne à un affrontement de lobbies: d’un côté, l’université qui demande à pouvoir piloter ses labos, de l’autre, une alliance objective entre grands corps, grandes écoles et industrie, via des «pôles de compétitivité» au sein desquels l’université redoute de se voir marginalisée, dans un «supérieur à deux vitesses».

FIGARO du 16 02 05

350 millions d'euros pour doper la science française en 2005. L'Agence nationale de la recherche a tenu hier son premier conseil d'administration. Le gouvernement a décidé d'agir vite : six jours seulement après sa création officielle, l'Agence nationale de la recherche (ANR) a tenu hier matin son premier conseil d'administration, avec comme objectif de faire en sorte que «l'argent arrive dans les labos avant l'été». Soit avant le vote de la loi d'orientation et de programmation de la recherche et de l'innovation, actuellement en cours d'élaboration, qui doit lui donner ses statuts définitifs.

LE MONDE du 16 02 05

Université : l'échec programmé d'une réforme, par Bernard Kalaora,professeur de sociologie à l'Université Jules-Verne d'Amiens et chercheur au laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS-CNRS-EHESS). Voilà déjà un an que la plupart des universités sont passées au LMD (système licence-master-doctorat : il s'agit de la mise en conformité avec les diplômes européens), sans bruit et sans passion. Rares sont les débats et les écrits suscités par ce passage contrairement à la recherche, qui a réussi ponctuellement à se mobiliser et à faire prendre conscience à l'opinion publique de la situation déplorable où elle se trouve. Par opposition, une chape de silence pèse sur l'Université qui prend valeur d'acquiescement d'une réforme dont les craintes, a posteriori, paraissent injustifiées. .../... En effet, loin de susciter une réflexion sur les savoirs et leur réorganisation, sur la place de l'Université dans le tissu local, ses liens avec les collectivités environnantes et les entreprises publiques comme privées, le rôle de l'Université dans ses rapports avec les grandes écoles, la place de la recherche, la question de la professionnalisation et des débouchés, celle de la sélection des étudiants et de leurs orientations, la mise en œuvre de véritables formations européennes favorisant la mobilité des enseignants et des étudiants, la réforme conduite dans l'urgence et la précipitation n'a fait que reproduire, dans la majorité des cas, l'existant.

LIBERATION du 15 02 05

Recherche: François d'Aubert annote son «brouillon» de loi. Les révélations sur le texte avaient suscité un tollé chez les scientifiques. Un «brouillon de brouillon». François d'Aubert qualifie ainsi le projet de loi d'orientation et de programmation pour la recherche... tel qu'il est sorti dans la presse, et vilipendé par les scientifiques (Libération des 15 et 27 janvier). Cette appréciation apparaît embrouillée. En fait, le gouvernement ouvre un nouveau round de discussions ­ avec les syndicats, l'association Sauvons la recherche et les présidents d'université ­ ce qui repousse le dépôt du projet de loi à l'Assemblée à la fin juin, six mois après la date prévue. But de la manoeuvre ? Eviter un effet boule de neige avec les mouvements des lycéens et des enseignants contre le projet de loi Fillon. Toutefois, vendredi, devant quelques journalistes, le ministre de la Recherche a tenté de justifier son plan.

FIGARO du 14 02 05

Plaidoyer pour un vrai partenariat avec le gouvernement. Les chercheurs français de nouveau tentés par la rue. 

Un an après le mouvement contestataire «Sauvons la recherche» qui a remporté un vif succès auprès de l'opinion publique, les chercheurs de ce mouvement et les organisations syndicales de chercheurs ont repris le même scénario avec une nouvelle pétition «Nous sauverons la recherche». Ils rejettent l'avant-projet de loi de programmation et d'orientation de la recherche préparé par le gouvernement. Ils demandent «solennellement qu'un nouveau projet de loi soit élaboré, qui reprenne les recommandations et la programmation budgétaire faites par la communauté scientifique dans le texte des états généraux de la recherche». Mais, contrairement à ce qu'ont déclaré ses auteurs, ce texte, bien qu'important, n'était nullement représentatif de toute la communauté scientifique, et les ministres François Fillon et François d'Aubert ont clairement précisé qu'ils tiendraient compte de tous les rapports qui leur étaient adressés, par tous les organismes et les personnalités du monde scientifique.

LE MONDE du 12 02 05

Pourquoi les chercheurs remontent au créneau.

La version originelle du projet de loi d'orientation et de programmation du gouvernement, qui privilégie l'innovation, inquiète la communauté scientifique. Les ministres François d'Aubert et François Fillon vont continuer les consultations jusqu'à la fin du mois de février. .../... Jean-Pierre Raffarin "pas du tout inquiet" "Les éléments sont réunis pour qu'il y ait, à l'issue du débat qui va se développer tout le mois de février, un accord avec les chercheurs, pour que la recherche fondamentale soit une priorité pour l'avenir de notre pays", a déclaré Jean-Pierre Raffarin. Le premier ministre, qui s'exprimait sur France-Inter le 7 février, trois jours après les manifestations de chercheurs, s'est voulu rassurant : "Nous avons besoin de recherche appliquée, nous avons besoin d'innovation, de technologie, mais il nous faut une recherche fondamentale puissante". "Je ne suis pas du tout inquiet sur ce dossier, a ajouté M. Raffarin. Nous avons les moyens de répondre à l'attente des chercheurs." Les syndicats de la recherche et de l'enseignement supérieur ne désarment pas pour autant. Ils "demandent aux personnels et aux étudiants de maintenir la pression pendant tout le mois de février par des actions multiformes", en attendant "un temps fort pour le début de mars".

NOUVEL OBSERVATEUR du 10 02 05

Recherche : l’avenir est toujours sombre. Un milliard de crédits supplémentaires sont promis, mais ils serviront surtout à subventionner l’industrie. Les chercheurs redescendent donc dans la rue. .../... Au cours de leurs états généraux tenus d’avril à octobre 2004, les chercheurs ont élaboré un document collectif présentant leurs propositions de réformes. Bien que la qualité de ce document ait été reconnue par la communauté scientifique comme par le gouvernement, ce dernier vient de concocter un projet de loi totalement opposé aux propositions des chercheurs. Pourquoi ces derniers n’ont-ils pas jusqu’ici réussi à transformer leur brillant essai de 2004? Peut-être parce que, dans un souci de crédibilité, le mouvement des scientifiques s’est cantonné à la défense des intérêts de la recherche, sans chercher de jonction avec d’autres secteurs des services publics qui ne sont pas moins menacés par l’ultralibéralisme dominant. Une stratégie d’élargissement et de convergence serait-elle plus efficace? Certains chercheurs se posent la question.

LE MONDE du 06 02 05

Les chercheurs en première ligne contre le gouvernement. Cela constituait un premier rendez-vous dans la mobilisation contre le gouvernement. Avant les manifestations de samedi 5 février contre la réforme des 35 heures, la défense du pouvoir d'achat des fonctionnaires et l'opposition à la réforme Fillon sur l'école, 2 000 chercheurs ont défilé, vendredi 4 février à Paris contre le projet de loi sur la recherche. A l'appel d'une vingtaine de syndicats et du collectif Sauvons la recherche ! (SLR), les personnels des organismes publics et les jeunes doctorants avaient fait une place aux étudiants, ainsi qu'à des délégations des "universités en lutte" de Paris-VII et de Paris-XIII. Des manifestations se sont également déroulées dans plusieurs villes universitaires, notamment à Bordeaux et à Lille..../... A la contestation des chercheurs s'ajoute celle de la Conférence des présidents d'université (CPU), qui a brandi la menace d'un "conflit majeur" si le projet de loi était maintenu en l'état. Mais les présidents d'université plaident avant tout pour leur propre chapelle, en demandant qu'à terme les universités deviennent les acteurs principaux de la recherche, rôle aujourd'hui dévolu aux grands organismes comme le CNRS, l'Inserm (santé) ou l'INRA (agronomie).

Pris entre deux fronts, le ministre de l'éducation et de la recherche, François Fillon, et le ministre délégué à la recherche, François d'Aubert, se retrouvent dans une posture inconfortable. Pour tenter de calmer le jeu, ils ont décidé de poursuivre leurs consultations "tout au long du mois de février".

lexpansion.com      Francis Mer : "Les entreprises ne sont pas assez conscientes de l'importance de la recherche". La recherche est de nouveau au cœur de l’actualité. A l’initiative de Jacques Chirac, une agence de l’innovation industrielle va être mise en place pour aider à la naissance des projets du futur. Et le gouvernement doit présenter au printemps son projet de loi, contesté par les syndicats et le collectif « Sauvons la recherche », qui ont organisé une manifestation vendredi. Ils regrettent que la recherche publique soit délaissée et dénoncent la priorité donnée aux entreprises. Dans un entretien exclusif accordé à Lexpansion.com à l’occasion de sa visite à l’Observatoire de l’Expansion, le 3 février dernier, Francis Mer, ancien ministre de l’économie et aujourd’hui président de la fondation pour l’innovation politique, liée à l’UMP, apporte sa contribution au débat.

.../... L´innovation est la voie à privilégier aux niveaux français et européen pour continuer à grandir dans le régime de concurrence actuel, qui va continuer à s´exacerber. Il y a des domaines dans lesquels nous ne pouvons pas lutter face aux pays émergents, notamment le coût du travail. Il faut donc se battre avec nos propres armes : penser, chercher, et donc trouver. Il faut bâtir une politique volontariste pour aider toutes les entreprises à mieux comprendre que l´innovation doit être leur raison d´être. Car il ne faut pas se leurrer : tout est dans les mains des entreprises. Les hommes politiques ne sont pas omniscients, ils ont donc besoin d´être soutenus par les stratégies des entreprises et ils peuvent à l'inverse les soutenir.

FIGARO du 05 02 05

Les chercheurs de nouveau dans la rue. Principal grief : les manifestants jugent que les orientations et la philosophie de ce texte, dont une première ébauche a filtré le mois dernier, privilégient l'innovation et la recherche industrielle, au détriment des laboratoires publics et de la recherche fondamentale. (...) «Nous ne sommes pas contre l'innovation, la France a besoin de nouveaux produits. Mais si nous n'avons pas la recherche de base, la compétitivité de demain disparaît : on n'a pas découvert l'électricité en cherchant à faire de meilleures bougies», déclarait hier matin, sur France Inter, le professeur Edouard Brezin, président de l'Académie des sciences, qui a coprésidé, ces derniers mois, avec le professeur Etienne-Emile Baulieu, le Comité d'initiative et de proposition (CIP). Cette instance a joué un rôle majeur l'an dernier à l'issue du conflit des chercheurs en organisant, fin octobre, les états généraux de la recherche, à Grenoble.

LIBERATION du 27 01 05

Recherche. Les chercheurs refusent le «brouillon». Fin de non-recevoir pour le projet de loi de François Fillon et François d'Aubert.  "Un texte inacceptable.» Après mûres réflexions, c'est l'avis commun des présidents d'université, des syndicats de chercheurs et de l'association Sauvons la recherche sur l'état actuel du projet de loi d'orientation et de programmation pour la recherche. Alors même que des divergences continuent de diviser la communauté scientifique sur les rôles respectifs des organismes de recherche et des universités, le «brouillon» de François Fillon et de François d'Aubert, exfiltré du ministère (Libération du 15 janvier), fait l'unanimité contre lui.

Colère froide. Le plus gros coup de gueule vient des présidents d'université. Et c'est un vrai coup dur pour le gouvernement qui comptait sur leur soutien, après avoir longtemps discouru en leur faveur.
Sec, le communiqué de la Conférence des présidents d'université (CPU) menace le gouvernement d'«une vigoureuse action nationale à la hauteur des enjeux d'une telle loi d'orientation et de programmation pour l'avenir du pays». Un texte, souligne le président de la CPU, Yannick Vallée (université Joseph-Fourier à Grenoble), «voté à l'unanimité, quel que soit le bord politique».
 
LES ECHOS du 24 01 05
 
Le savoir au service de la croissance
par Janez Potocnik, commissaire européen à la Recherche. L'année 2005 sera celle des grandes décisions pour l'Union européenne, qui devra relancer une économie atone et définir le budget de la période 2007-2013. En ce qui concerne les perspectives financières, le climat de négociation pourrait être plus propice.
.../... Une telle analyse conduit la Commission européenne à proposer un doublement du budget de la recherche pour le prochain exercice financier. En collaborant au niveau européen, en déterminant les besoins stratégiques de chaque secteur d'activité, en évitant la fragmentation inutile des programmes de recherche nationaux et régionaux, nous pouvons entamer le processus visant à rendre l'Europe plus compétitive. La solution ne consiste pas à créer des « champions » nationaux soutenus par les deniers de l'Etat aux dépens de la compétitivité. En effet, il vaut beaucoup mieux consacrer du temps et de l'argent à oeuvrer au niveau de l'UE afin de soutenir les secteurs technologiques clefs - par exemple l'aérospatiale, les nanotechnologies, la biotechnologie - dans leur ensemble. Une meilleure organisation des fonds publics encouragera incontestablement le secteur privé à investir dans la recherche, condition essentielle si l'on veut atteindre l'objectif des 3 % d'ici à 2010. Et une utilisation ciblée des fonds européens, non seulement ceux de la recherche, mais aussi les fonds affectés à l'innovation et au développement régional, aidera l'Europe à résoudre cette contradiction qui veut que les recherches effectuées ne se concrétisent pas en produits innovants, compétitifs au niveau international.
 
L'EXPRESS du 24 01 05
 
Innovation : de la parole aux actes par Philippe Maystadt, président de la Banque européenne d'investissement.
Dépenses mieux ciblées, mobilité des chercheurs, coordination européenne: les moyens financiers seuls ne suffisent pas. Les économistes l'ont démontré et le Conseil européen l'a proclamé: l'augmentation du potentiel de croissance de l'économie européenne passe par l'innovation. Mais celle-ci ne dépend pas seulement des moyens financiers; d'autres conditions doivent être réunies, de manière à lui créer un environnement plus favorable.
 
LE MONDE du 22 01 05

Le projet de loi sur la recherche suscite déception et colère. "Doit revoir sa copie". C'est, en substance, le message que les représentants des chercheurs adressent au gouvernement, à la suite de l'annonce des principales mesures du projet de loi d'orientation et de programmation de la recherche. Celui-ci doit être présenté au conseil des ministres fin mars, puis discuté au Parlement avant la fin du premier semestre.

.../... "Ce document ne reprend ni l'esprit ni les propositions concrètes des Etats généraux de la recherche, proteste le collectif Sauvons la recherche ! (SLR). Dans son état actuel, le projet ajoute plusieurs éléments de complexification du système, là où nous demandions des simplifications."

.../... Une intersyndicale de la recherche et de l'enseignement supérieur, dénonçant une "attaque frontale contre la recherche", appelle les personnels à des "actions multiformes"durant la première semaine du mois de février.

LES ECHOS du 20 01 05

Comment l'esprit d'innovation vient aux Français  par Pierre Papon, professeur à l'Ecole de physique et chimie industrielles de Paris, et président d'honneur de l'Observatoire des sciences et des techniques.

Depuis plusieurs mois, accompagnant le mouvement de contestation dans les milieux de la recherche au début de l'année 2004, les diagnostics sur l'état du système français de recherche et d'innovation se sont succédé. Après les propositions de réforme adoptées lors des états généraux de la recherche de Grenoble en fin d'année, le rapport sur la politique industrielle remis par Jean-Louis Beffa au président de la République a proposé la création d'une agence pour l'innovation industrielle ; en novembre, la Datar avait lancé un appel d'offres pour créer des « pôles de compétitivité », tandis que l'Anvar et la BDPME viennent de se regrouper au sein d'Oseo et que la création de l'Agence nationale de la recherche est annoncée.

../... La création d'une agence de l'innovation industrielle pour lancer des programmes technologiques mobilisateurs aura le mérite de réintroduire une dose de volontarisme dans la politique technologique et industrielle de l'Etat, qui a un rôle clef à jouer dans certains secteurs stratégiques (comme l'énergie et les transports). Toutefois, il ne doit pas conduire à fonder trop exclusivement la politique des pouvoirs publics sur une stratégie de grands programmes (et donc d'appui aux grands groupes), dont beaucoup ont fait leur temps ou se sont terminés, comme le plan Calcul, par une Berezina technologique coûteuse. Une agence peut certes aussi réintroduire une vision prospective mais elle ne dispense pas d'une réflexion sur les stratégies européennes (quelles leçons tirer du programme-cadre de l'UE, du programme Eurêka, etc. ?), sur le rôle dynamisant de la coopération d'acteurs régionaux (universités et écoles, laboratoires publics, entreprises petites et grandes), qui est souvent la source de futures innovations, ainsi que sur celui de l'Anvar.
L'histoire du développement scientifique et technologique depuis 1950 montre qu'il n'y a pas de modèle unique dans ce domaine, y compris aux Etats-Unis ; une politique publique doit savoir jouer avec plusieurs leviers en tirant les leçons des expériences du passé et de celles de nos voisins.

LIBERATION du 15 01 05

Relance du dialogue autour du projet de loi sur la recherche. Les oppositions vont se cristalliser sur le volet financier. «Peut mieux faire», Yannick Vallée, porte-parole de la conférence des présidents d'université, commente ainsi l'état actuel du projet de loi sur la recherche qui, hier, s'est «échappé» des bureaux ministériels pour se retrouver sur le site web du SNCS-FSU (1). Une fuite qui va relancer le dialogue entre les différents protagonistes ­ gouvernement, scientifiques, universitaires, milieux patronaux ­ de cette loi d'orientation et de programmation, promise par Jacques Chirac au printemps dernier, en conclusion d'une mobilisation des «blouses blanches» contre la politique gouvernementale.

LE MONDE du 15 01 05

Recherche : les points-clés de la loi. François d'Aubert, ministre délégué, esquisse les grandes lignes de son projet de réforme avant le débat parlementaire. Pour préparer la nouvelle loi d'orientation et de programmation de la recherche, avez-vous repris les propositions des etats généraux de la recherche qui se sont tenus en octobre 2004 à Grenoble ?

Nous avons eu des rencontres régulières avec le comité de suivi des Etats généraux et les représentants des milieux scientifiques et universitaires. Les conclusions des Etats généraux sont un élément essentiel mais, sur certains points insuffisamment abordés comme la recherche partenariale et la recherche en entreprise, elles ont été complétées et approfondies.La loi d'orientation et de programmation traduira une ambition forte pour l'ensemble de notre système de recherche et d'innovation. Il s'agit de lui donner une dynamique qui place la France aux tout premiers rangs. La discussion parlementaire aura lieu au deuxième trimestre 2005, comme prévu. Le texte sera donc présenté au conseil des ministres vers la fin du mois de mars.

.../... Un appel d'offres national a été lancé pour la mise en place de "pôles de compétitivité". Les chercheurs, eux, préconisent des "pôles de recherche et d'enseignement supérieur" (PRES). Quelle est la formule retenue ? L'une et l'autre. Les deux formules sont complémentaires, si l'on veut un maillage le plus complet possible du territoire, en même temps qu'une visibilité internationale. Les PRES fédéreront, localement, les centres de recherche publics, les établissements d'enseignement supérieur et les grandes écoles, sur la base du volontariat et avec un projet scientifique précis. Nous souhaitons que de tels regroupements voient le jour sur tout le territoire. Les pôles de compétitivité de haute technologie, sans doute en plus petit nombre, y associeront une dimension économique, sous forme de parcs de recherche et d'innovation de niveau international. Dans les deux cas, l'Etat pourra soutenir ces initiatives, sur la base des projets présentés.

Un espoir malgré des incertitudes. "La recherche n'est pas sauvée", déclarait Alain Trautmann, porte-parole du mouvement des chercheurs, à l'occasion du premier anniversaire de ce mouvement (Le Monde du 7 janvier). Elle n'est certes pas sauvée mais, en douze mois, le contexte a changé. A l'évidence, il est aujourd'hui plus favorable à la recherche. .../... Il subsiste toutefois des interrogations. Comment ces 6 milliards d'euros sur trois ans, destinés à la recherche publique mais aussi privée, seront-ils répartis ? Qui décidera de leur affectation ? Comment l'Agence nationale de la recherche, vouée au financement de projets scientifiques "stratégiques", et l'Agence pour l'innovation industrielle, proposée par Jean-Louis Beffa, s'articuleront-elles ?

LE MONDE du 14 01 05

Ils nous préparent l'insécurité économique, par Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l'économie, député PS du Val-d'Oise. 

.../... Recherche, innovation, enseignement supérieur : ce sont les trois clés d'une politique industrielle offensive, capable de rendre la France compétitive dans l'économie de la connaissance face aux pays les plus avancés. Le Parti socialiste y travaille, autour d'Eric Besson. Cela ne signifie pas qu'il faille ignorer la compétition des pays émergents sur les secteurs économiques moins innovants. Les licenciements économiques, les délocalisations y sont des problèmes aigus. Mais la logique y est sociale : il s'agit d'accompagner la sortie de ces secteurs déclinants. On ne transforme pas d'un coup de baguette magique un ouvrier fraiseur en chercheur en nanotechnologies, un site d'industrie lourde en pôle high-tech. L'intervention de l'Etat est nécessaire pour reconvertir les hommes et les territoires. J'y réfléchis, dans le cadre d'un groupe de travail parlementaire créé avec Gaëtan Gorce. Je ferai rapidement des propositions. Mais j'enrage de penser que l'industrie française devra attendre la prochaine mandature pour espérer quelque chose des pouvoirs publics, alors que l'urgence est si grande.

LE MONDE du 11 01 05

Les universités demandent à être placées au cœur de l'organisation de la recherche française. La Conférence des présidents d'université (CPU) a adopté en séance plénière un texte refusant que la future loi se réduise à une réforme a minima. Ils réclament davantage de responsabilités.Les universités revendiquent le leadership au sein de la recherche française. Dans un texte adopté en séance plénière exceptionnelle, la Conférence des présidents d'université (CPU) - qui réunit une centaine de responsables d'établissements supérieurs - a réaffirmé à l'unanimité, lundi 10 janvier, sa volonté d'obtenir une loi d'orientation modifiant l'organisation et le fonctionnement de la recherche en France. Surtout, la CPU a indiqué, sans la diplomatie habituelle, son souhait de placer les universités au cœur du système de recherche.

Alors que le gouvernement doit annoncer dans les prochaines semaines le contenu de son avant-projet de loi sur la recherche, la CPU réitère son refus d'une réforme a minima. "On se retrouve en ce début de XXIe siècle avec un système complexe, paradoxalement à la fois hypercentralisé et totalement morcelé, qui conduit à ce que l'essentiel des stratégies se définisse dans les sièges nationaux des organismes ou dans les directions des ministères et à ce que, localement, des équipes partagées entre diverses tutelles perdent un temps considérable à tenter de mettre en cohérence des bouts de stratégie et à recoller des morceaux de financements", signale la CPU. Pour les présidents d'université, le système actuel "n'a pas d'avenir" tant il cumule les inconvénients et conduit à "un gaspillage considérable de temps et de moyens".

L'EXPRESS du 10 01 05

Industrie. L'Etat revient!  Favoriser l'innovation et les secteurs de pointe: Jean-Louis Beffa prône le retour des grands programmes et séduit Jacques Chirac. Pour un peu on se lasserait. Que l'industrie française va mal, on commence à le savoir! Rapport après rapport, avec une accélération notable ces derniers mois, la fine fleur des économistes français - Elie Cohen, Patrick Artus, Jean-Hervé Lorenzi, Michel Camdessus, etc. - nous ont livré leur diagnostic. Si la croissance est en panne, si le commerce extérieur replonge, si l'Allemagne profite du boom chinois et pas la France, c'est parce que, dans le désordre: 1. Les Français ne travaillent pas assez. 2. Ils ont décroché dans les hautes technologies. 3. Faute d'interactions entre recherche, université et entreprise, innovation et créativité ne peuvent s'épanouir. Pas de Silicon Valley ni de Bangalore en France.

LE FIGARO du 10 01 05

Innover dans l'innovation  En prônant la mise en place d'une Agence pour la promotion de l'innovation industrielle ouverte aux autres pays européens le président de la République a... innové en matière de recherche. Le schéma repose sur trois piliers (public, privé, Europe). Il faut une intervention d'Etat (car il n'y a pas de recherche soutenable qui ne s'inscrive dans le temps, or seul l'Etat a la durée pour lui). La participation d'entreprises est indispensable aussi, car il n'existe pas de recherche efficace qui n'ait le souci de la concrétisation et seules les entreprises connaissent les modalités du «passage à l'acte». A en rester là, on n'inventerait pas vraiment, car ce genre de structure mixte «privé-Etat» se rencontre fréquemment ailleurs. Elle a prouvé son efficacité en Europe du Nord notamment, où les projets des chercheurs sont financés par les budgets nationaux à condition qu'ils soient associés à des cofinancements privés. En revanche, le troisième volet du triptyque proposé – l'Europe – ne se rencontre nulle part. Cette dimension devient pourtant cruciale, car il n'y a pas de recherche durable sans grand marché à la clé.

LE MONDE du 09 01 05

La nécessaire convergence entre l'université et la recherche, par Martin Andler, mathématicien, professeur à l'université de Versailles-Saint-Quentin et Francis-André Wollman, biologiste, directeur de recherche au CNRS Deux mois après les Etats généraux de la recherche, nous traversons une période d'incertitude pendant que se prépare la loi d'orientation et de programmation de la recherche. C'est l'occasion pour divers acteurs institutionnels - directeurs d'organismes ou présidents d'université - de prendre date, d'avancer des pions, de tenter quelques changements irréversibles dans la précipitation. L'ampleur des enjeux pour la France, qui se doit par ailleurs de respecter un engagement financier à la hauteur des objectifs de Lisbonne, demande une hauteur de vue qui aille au-delà de ces égoïsmes institutionnels.

Dans un entretien récent (Le Monde du 17 décembre), Michel Laurent, tirant le bilan de ses années de premier vice-président de la Conférence des présidents d'université (CPU), plaidait pour une "profonde remise en cause" de l'organisation de la recherche en France. Les Etats généraux de la recherche n'ayant proposé, à son avis, qu'un "amendement du système" en ne prônant pas l'intégration des organismes de recherche (CNRS, Inserm, INRA, CEA, etc.) et des universités, le processus issu du mouvement des chercheurs de l'hiver et du printemps 2004 aurait failli à sa tâche de proposer une réforme en profondeur.

LIBERATION du 07 01 05

Les chercheurs se livrent dans un pavé. Mobilisation. Retour sur une année de manifestations et de débats sans précédent. près les pavés, le pavé. En 2004, les scientifiques ont arpenté par milliers les rues de Paris et de province pour contraindre le gouvernement à reculer sur les aspects les plus négatifs de sa politique de la recherche. Avec un succès remarquable, puisque des crédits gelés ont été versés, des emplois supprimés rétablis et plusieurs centaines de postes créés pour les universités. Un résultat à la hauteur d'une mobilisation sans précédent, où l'outil Internet a joué un rôle central jusque dans l'intervention des «expatriés», ces milliers de jeunes chercheurs terriblement inquiets devant l'absence de perspectives d'emplois en France. Ils démarrent 2005 avec le lancement du pavé ­ un livre de 477 pages, sobrement intitulé les Etats généraux de la recherche. 9 mars-9 novembre 2004.

LE MONDE du 07 01 05

La "Silicon Valley" grenobloise fait figure de modèle. Le domaine des nanotechnologies (miniaturisation électronique extrême), retenu par Jacques Chirac comme une des priorités industrielles, est l'un des rares secteurs stratégiques où la France peut rivaliser avec les Etats-Unis et le Japon. Elle le doit à "l'écosystème" qui s'est créé depuis quinze ans à Grenoble, devenu une référence mondiale. La vallée du Grésivaudan (Isère) est devenue une Silicon Valley à la française où multinationales, universités, centres de recherches, start-up et fournisseurs travaillent ensemble. La dynamique naît de la collaboration, unique en France, entre l'un des plus grands centres de recherche européens, le Laboratoire d'électronique et de technologies de l'information (LETI) du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), et l'un des leaders mondiaux des semi-conducteurs, STMicroelectronics. En dix ans, une cinquantaine d'équipementiers et sous-traitants les ont rejoints, des écoles d'ingénieurs et des formations universitaires spécialisées se sont créées – 550 d'étudiants par an sont diplômés de microélectronique. Les chercheurs des facultés scientifiques et de l'Institut polytechnique de Grenoble ont lancé une quarantaine de sociétés innovantes.

LA TRIBUNE du 23 12 04

Les chercheurs relancent leur mobilisation. Alors qu'une mission parlementaire vient de rendre un rapport destiné à nourrir le projet de loi d'orientation de la recherche, les chercheurs se disent prêts à manifester à nouveau pour que le gouvernement prenne en compte les propositions des états généraux. Le mouvement Sauvons la recherche et les syndicats de chercheurs exigent que leurs recommandations servent de base globale à l'élaboration de la loi. Au centre des critiques, la faiblesse des moyens financiers et humains, l'incohérence des choix sur le pilotage et l'organisation de la recherche. Les pôles de compétitivité et l'Agence pour la recherche forment deux points de crispation.

PROFESSION POLITIQUE du 22 12 04

Recherche : 13 pistes pour stopper le déclin. La mission parlementaire sur la recherche en France, composée de onze députés de toutes tendances, vient de rendre son rapport. "Oui, la recherche française est en crise. Non, son déclin n’est ni irréversible, ni irrémédiable." Telle est la conviction, après six mois de travail, des membres de la mission d’information sur la recherche.
Au-delà de ce constat, les députés, qui ont travaillé sous la présidence de Jean-Pierre DOOR (UMP), font 13 propositions destinées à alimenter la future loi d’orientation et de programmation sur la recherche, qui doit être discutée au Parlement au cours du premier semestre 2005. Les parlementaires se prononcent notamment pour la mise en place d’un "grand ministère de la Recherche".

LE MONDE du 22 12 04

Le renouveau de la politique économique par Christian de Boissieu, président délégué du Conseil d'analyse économique (CAE), professeur d'économie à l'université Paris I. et Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine.

La France ne s'effondre pas, contrairement à ce qu'affirment certains écrits ou propos superficiels. Certes, la réforme n'y est pas aisée, les comportements se révèlent parfois sclérosés, les crispations fortes et la perception de la réalité du monde économique encore bien incertaine.
(...)   Le gouvernement a parlé, à juste titre, de pôles de compétitivité. C'est bien, mais les mots doivent rapidement déboucher sur l'action. L'idée est simple ; le seul moyen de redynamiser nos appareils sclérosés et inadaptés d'enseignement supérieur et de recherche publique et privée serait de les décloisonner et de trouver le moyen de les rapprocher. Là comme ailleurs, c'est moins une question d'argent que de méthode, car c'est d'une véritable révolution culturelle qu'il s'agit. Mettre notre pays à l'aune de la nouvelle dynamique de croissance mondiale en rapprochant un peu partout sur le territoire industriels, chercheurs et universitaires.
Si l'on pense, comme les études économiques le confirment, que la croissance est liée majoritairement à l'innovation et que celle-ci est issue d'une politique de recherche et développement efficace et suffisante quantitativement, alors la méthode des pôles de compétitivité liée à celle des pôles d'excellence pour la formation et la recherche devient un élément-clé d'une politique de la croissance.
Cela revient notamment à définir des pôles de compétitivité à statut international, national, régional et local. En un mot, il faut mettre le pays sous tension de la nouvelle donne économique mondiale, le rendre capable de rattraper à terme les Etats-Unis, mais aussi de faire face à l'inexorable volonté et capacité de rattrapage (pour les technologies, la formation et les qualifications...) des grands pays émergents comme la Chine et l'Inde.

LE FIGARO du 17 12 04

RECHERCHE Grenoble, un grand de l'infiniment petit  La construction du centre Minatec en 2006 fera de la capitale iséroise le premier pôle européen.  Dans le climat de sinistrose ambiante, rien de tel qu'une visite au polygone scientifique de Grenoble pour faire mentir les cassandres. Le ministre délégué à la Recherche, François d'Aubert, venu annoncer hier le lancement du Réseau national en nanosciences et en nanotechnologies (voir encadré), n'a pas caché son enthousiasme devant la «réussite indéniable» des Isérois qui, en l'espace de dix ans, ont réussi à bâtir un centre d'excellence de réputation internationale capable de rivaliser avec les géants de la côte ouest des Etats-Unis.  (...) La recette de ce succès réside dans la «force du collectif local», a souligné Jean Therme, le directeur de la recherche technologique du CEA, en usant d'une métaphore rugbystique. «Ecoles, universités, établissements de recherche publics, industriels et collectivités territoriales ont su créer un pack soudé autour de deux piliers : l'Institut national polytechnique de Grenoble et le CEA.» Partant du principe qu'un exemple a pour vocation d'être imité, François d'Aubert a clairement souhaité que l'expérience de Grenoble fasse des émules ailleurs en France. Le lancement des futurs pôles de compétitivité (nos éditions du 3 décembre 2004) donnera-t-il le déclic ?

LE MONDE du 16 12 04

ENTRETIEN  Recherche  : la mise en garde des présidents d'université.
Pour Michel Laurent, premier vice-président de la Conférence des présidents d'université (CPU), "l'idée même que le système puisse rebondir sur le mode d'organisation actuel nous paraît un challenge impossible". Renoncer à une "réforme de fond" mènerait à la "catastrophe".
Après plusieurs mois de débats, le gouvernement devrait achever dans les prochaines semaines le projet de loi sur la recherche. pour la conférence des présidents d'université, comment se présente cette réforme ?
Depuis le mouvement lancé en décembre 2003, nous disposons d'un matériau assez riche sur l'état de la recherche en France. Face à ce constat, il y a deux grands modèles d'évolution possibles. Le premier conduit à l'amendement du système actuel sans profonde remise en cause. C'est la logique des travaux engagés par le CIP -comité d'initiative et de proposition- et qui ont débouché sur les états généraux de Grenoble.
Le second modèle débouche sur une réforme de fond, qui tienne compte de la construction européenne, du contexte de mondialisation. Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins.
 
LE FIGARO du 16 12 04
 
INNOVATION L'Optics Valley prend son essor en Ile-de-France. Cinq cents PME et cent laboratoires, qui utilisent les rayons lumineux pour soigner ou étudier le vivant, s'organisent autour de la biophotonique
Située au carrefour de la biologie et de l'optique, la biophotonique (dérivé du mot photon qui signifie «grain de lumière») désigne l'ensemble des technologies qui utilisent la lumière au sens large (lasers, UV, infrarouges, rayonnement visible...) dans le domaine du vivant, avec de nombreuses applications en médecine, en pharmacie mais aussi en agroalimentaire, en cosmétologie, en environnement et même dans le cadre de la lutte contre le bioterrorisme. Le deuxième colloque Paris-Biophotonique, organisé, mardi, à l'Institut Curie, par Optics Valley et le Génopole d'Evry, se donnait pour objectif de créer des «relais» efficaces entre les différents acteurs (chercheurs, industriels, médecins hospitaliers, financiers...) de cette filière particulièrement innovante et dont le marché mondial, en plein essor, est évalué à plus de 8 milliards d'euros.
(...) Mais pour que ces perspectives prometteuses voient le jour – si possible en France –, il reste à créer un «écosystème» favorable à l'innovation et au transfert de technologies, pour reprendre l'expression employée par Maurice Klein. Comment faire avancer un projet de recherche jusqu'à un stade où il pourra être développé avec succès par un industriel et bénéficier, in fine, aux malades ?
«Comme on a un train de retard vis-à-vis de nos partenaires étrangers (États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni), spécialement dans le domaine des sciences du vivant, nous devons prendre des raccourcis», souligne Jean-Louis Martin.
Il s'agit en premier lieu d'«abolir les distances physiques et intellectuelles entre les différents acteurs, en multipliant les occasions de rencontres».
 
LES ECHOS du 14 12 04

La recherche manque d'argent... venant des entreprises. En France, quand l'argent manque, on convoque des états généraux. Le 14 janvier 1789, Louis XVI justifiait le rassemblement qui devait lui être fatal en expliquant : « Nous avons besoin du concours de Nos fidèles sujets pour Nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons relativement à l'état de nos finances. » Deux siècles plus tard, la même formule ou presque aurait pu être reprise par les chercheurs à l'origine des états généraux de la recherche qui ont eu lieu fin octobre. Plus démocratique qu'autrefois, cet appel au secours n'en est pas moins inquiétant. Car la recherche, c'est l'avenir. Et un effort qui s'essouffle en la matière, c'est un horizon qui s'assombrit.

La recherche manque-t-elle vraiment d'argent ? Si la France veut rester innovatrice, si elle entend se rapprocher de la « frontière technologique » que repoussent sans cesse les pays en pointe, la réponse est clairement « oui ».

LE MONDE du 08 12 04 

Industriels, nous sommes inquiets pour la recherche, par des responsables de recherche et un PDG. Responsables de la recherche de quelques grandes entreprises françaises, dépensant ensemble environ 6 milliards d'euros en recherche et développement (R & D), les signataires de ce document souhaitent apporter leur contribution au débat actuel sur la recherche française et européenne

Responsables de la recherche de quelques grandes entreprises françaises, dépensant ensemble environ 6 milliards d'euros en recherche et développement (R & D), les signataires de ce document souhaitent apporter leur contribution au débat actuel sur la recherche française et européenne.

L'effort de recherche sans précédent des Etats-Unis tend à conduire ce pays à une domination technologique dans la plupart des domaines qui ouvrira demain à ses entreprises l'accès aux marchés mondiaux les plus importants. La Chine, redevenue un pays capable de retenir ses meilleurs scientifiques, se prépare à retrouver, après quelques siècles d'éclipse, une place de premier plan dans la compétition industrielle et technologique. Le Japon, enfin, tire aujourd'hui tout le bénéfice d'une persévérante mobilisation de ses moyens pour se doter sur le long terme, et sans se soucier des aléas de la conjoncture économique, de positions technologiques et industrielles uniques dans un certain nombre de domaines.

L'Europe conserve des atouts, notamment là où ses entreprises ont su se hisser parmi les plus performantes (transports, matériaux, énergie, luxe et, dans une certaine mesure, chimie, pharmacie, technologies de l'information, télécommunications...). Elle a su retrouver une dynamique de création d'entreprises. Mais celles-ci devront trouver les moyens d'appuyer leur croissance sur les systèmes de financement, de formation et de recherche européens.

Elle dispose de structures efficaces de formations supérieures et de recherche. Ces atouts ne pourront se maintenir qu'avec une ambition renouvelée de l'Europe et de la France, une impulsion politique forte, la capacité d'orienter certains des meilleurs jeunes diplômés vers la recherche, et celle de conserver la base française et européenne des entreprises les plus dynamiques.

L'enjeu est de taille. Il ne saurait se résoudre par quelques mesures financières, certes nécessaires, mais qui ne s'attaqueraient pas aux problèmes de fond, et à la préparation de l'avenir.

En simplifiant à l'extrême, le mouvement des chercheurs français, né au début de l'année 2004, a une double origine. L'absence d'activité industrielle significative en Europe dans le domaine des biotechnologies, alors même que notre recherche publique en biologie est de bonne qualité et forme de nombreux docteurs. L'appauvrissement progressif des laboratoires de recherche publics français, qui se trouvent dans la situation aberrante de disposer de chercheurs de qualité, rémunérés, mais n'ayant pas les moyens de travailler dans de bonnes conditions. Dans l'un et l'autre cas, c'est une situation de mauvaise gestion, soit de l'économie nationale dans son ensemble, soit du système de recherche public français lui-même.

La situation exige, à notre sens, trois niveaux de mesures :

- Un message fort des pouvoirs publics montrant que science, technologie et innovation figurent parmi les grandes priorités nationales. Si nous sommes favorables, comme d'autres, à la mise en place d'un haut conseil de la science et de la technologie, nous pensons, comme l'Académie des technologies, que le ministre en charge de ce secteur ne devrait pas avoir lui-même la responsabilité directe des universités et des organismes de recherche. Sa responsabilité devrait être concentrée sur la définition de la stratégie de notre pays en matière de recherche, et s'accompagner de moyens significatifs lui permettant de s'assurer de sa mise en œuvre.

- le plus délicat : trouver les mesures qui redonnent motivation et enthousiasme aux chercheurs de la recherche publique. Il est indispensable de conserver les meilleurs en France. Ceux-ci doivent absolument bénéficier de rémunérations et de moyens de travail rendant attractif leur établissement, ou la poursuite de leurs travaux, en France. Pour redonner motivation à la communauté scientifique et lui faire mieux comprendre et s'approprier les choix de la nation, nous proposons qu'une structure permanente de prospective scientifique et technologique, s'appuyant largement sur la communauté scientifique et les acteurs de l'économie, éclaire les choix du gouvernement. L'un des modèles possibles est le National Research Council américain. Un tel système devrait prendre en compte le contexte européen.

Si une excellente recherche fondamentale est indispensable, en dehors de toute référence à de possibles applications, une partie importante de la recherche publique relève d'une catégorie que l'on pourrait appeler la recherche fondamentale orientée vers de possibles applications. Celle-ci, pour être pertinente, doit prendre en compte de façon explicite les forces et les faiblesses des entreprises françaises, voire européennes, et leurs enjeux technologiques. Pour cela, les organismes devraient être soumis, dans leurs contrats avec l'Etat, à l'obligation de mettre en place des exercices de réflexions stratégiques conjointes avec des acteurs industriels. Enfin, devraient figurer des mesures conduisant organismes de recherche et universités à mettre en œuvre une véritable gestion de leurs ressources humaines.

- Au troisième niveau, et à la condition que des mesures aient été prises aux deux précédents, se trouve ce qui concerne la vie quotidienne des laboratoires et des entreprises. Le Comité d'initiatives et de propositions (CIP), s'appuyant sur les Etats généraux de la recherche, formule un certain nombre de propositions intéressantes pour la recherche publique. Nous appuyons tout particulièrement celles qui visent à alléger les procédures administratives, et donc à donner plus de souplesse et de réactivité cette recherche. Il nous semble cependant utile de souligner que des mesures appropriées doivent encourager les entreprises à intensifier leurs efforts, et à implanter en France et en Europe une part significative de leurs activités de R & D. Une révision des conditions européennes imposées à l'aide aux entreprises par la R & D devrait être envisagée. Celles-ci sont trop contraignantes et pénalisent de fait les entreprises européennes.

Les mesures fiscales systémiques (crédit d'impôt recherche, abondement des dépenses de recherche des entreprises...) sont utiles, mais il convient de se pencher sur toutes les mesures qui seraient de nature à attirer ou maintenir en France de nouveaux laboratoires de recherche industriels.

Dans ce domaine la qualité des laboratoires publics et leur souhait réel de s'impliquer dans des recherches en amont de celles menées par les industriels sont un élément essentiel. Le mécanisme des bourses de thèses Cifre permet d'excellentes relations entre industrie et laboratoires publics. Des mesures d'accompagnement pourraient aider à l'insertion ultérieure dans l'entreprise des jeunes docteurs.

La mobilité des chercheurs entre public et privé est très insuffisante en France. Nous sommes prêts à la développer dans nos entreprises. La concrétisation, au plus tôt, de l'idée d'un nombre limité de pôles de compétitivité est de nature à créer un cadre agile et réactif de soutien à la R & D, favorable aux collaborations entre recherche publique et entreprises. La formule des réseaux de recherche et d'innovation technologique a obtenu d'excellents résultats. Nous proposons de la reprendre et de l'amplifier. Enfin, les réflexions actuelles sur la relance de grands programmes technologiques pourraient être l'occasion de renforcer une communauté d'intérêts, insuffisamment reconnue en France, entre les mondes politique, économique et de la recherche publique.

Cette contribution est un cri d'alarme, face à une situation que, en tant qu'industriels, nous ressentons comme de plus en plus inquiétante pour l'Europe. Ces mesures auront un coût, mais c'est à ce prix que nous conserverons en Europe les laboratoires de recherche de nos entreprises, les sources de leur dynamique d'innovation et, à la fin, des richesses et des emplois pour nos concitoyens.

La mobilité des chercheurs entre public et privé est très insuffisante en France. Nous sommes prêts à la développer dans nos entreprises.

Pierre Beuzit (Renault), Claude Jablon (Total), Jean-Claude Lehmann (Saint-Gobain), Joël Monnier (STMicroelectronics), Dominique Vernay (Thales), Pascal Viginier (France Telecom), sont responsables de la recherche au sein de leur entreprise. Pierre Haren est PDG d'ILOG.

LE MONDE du 02 12 04

La Bretagne mise sur les "pays" pour réinventer son développement. Aux assises régionales de Morlaix, samedi 27  novembre, le président (PS) du conseil régional, Jean-Yves Le  Drian, a donné le coup d'envoi d'un vaste programme destiné à redynamiser la région. Villes et départements veillent à ne pas être tenus à l'écart.

Au moment où la politique nationale d'aménagement du territoire cherche un nouveau souffle, la Bretagne innove. Aux Assises régionales des territoires de Bretagne, à Morlaix, samedi 27 novembre, Jean-Yves Le Drian, président (PS) du conseil régional, a donné le coup d'envoi à la préparation collective d'un "programme d'action stratégique" à mettre en œuvre dès 2006, c'est-à-dire au moment où devrait s'achever le contrat de plan Etat-région.
Dans ce cadre, le conseil régional a clairement désigné ses partenaires privilégiés : les 21"pays" qui quadrillent en totalité l'isthme armoricain et forment la clé "de la cohésion, de l'insertion et de la solidarité".
(...) Et l'Etat ? Nul ne songe à le marginaliser, lui qui dépense 12 milliards d'euros par an dans la région. D'ailleurs la préfète de région, Bernadette Malgorn, vient de publier son "projet d'action stratégique de l'Etat en Bretagne (Paser) pour 2004-2006", qui, sur bien des points, recoupe les orientations prioritaires du conseil régional. Et lorsqu'elle a pris la parole aux assises, Mme Malgorn a souvent employé le terme "nous", pour montrer que l'Etat et le conseil régional affichaient "une force collective".
Dans l'immédiat, la préfète s'est déclarée très favorable à la candidature bretonne pour obtenir le label de "pôle de compétitivité" dans trois domaines : les sciences et technologies de l'information et de la communication, la nutrition et l'agroalimentaire, les sciences de la mer et des techniques navales, pour lesquelles Brest est particulièrement bien placée.
Sur ces questions de politique industrielle comme sur celle - très sensible - de la construction d'une ligne TGV jusqu'à Rennes qui mettrait, dans huit ans, Brest et Quimper à trois heures de Paris, la réponse et le calendrier du secrétaire d'Etat à l'aménagement du territoire, Frédéric de Saint-Sernin, et de son ministre de tutelle, Gilles de Robien, sont attendus dans les tout prochains jours.
 
Assises, forums, rencontres  : les présidents de région socialistes multiplient les "remue-méninges" territoriaux. La recette est simple : rassembler tous les décideurs d'un même territoire, écouter les "têtes de réseau" parler de leurs projets, tendre le micro aux habitants - au besoin en contournant les élus locaux. Et mettre le tout à mijoter dans des assises, des forums ou des rencontres. Même portés par la vague rose de mars et un nouveau mode de scrutin qui leur donne un ancrage territorial plus fort, les présidents de région de gauche ont conscience que faire "bouger les choses" suppose de nouer des "partenariats" avec les autres échelons territoriaux. "Giscard d'Estaing gouvernait seul une addition de territoires, remarque Pierre-Joël Bonté, son successeur (PS) à la tête de la région Auvergne. Nous devons sortir de cette logique monarchiste." "C'est aux territoires d'exprimer leurs projets et leurs attentes", renchérit Jacques Auxiette, président (PS) de la région Pays de la Loire.
Pour enrôler les troupes, notamment départementales, les nouveaux exécutifs n'ont d'autre recours que de convier les acteurs locaux pour élaborer des projets et trouver les moyens de les réaliser.
La Lorraine tiendra des "rencontres territoriales" le 28 janvier. L'Aquitaine organisera des "états généraux des pays" au printemps. Chaque fois, l'objectif est double : articuler priorités régionales et projets locaux, et sortir de la "logique du guichet". "Aucun territoire ne devra plus venir devant le conseil régional sans avoir fait valider son projet par l'ensemble des acteurs locaux", prévient Georges Labazée, vice-président (PS) chargé de l'aménagement du territoire à la région Aquitaine.
(...) Faire participer la population pour mieux plonger les acteurs dans le chaudron régional : c'est la tactique auvergnate, retenue par Poitou-Charentes et par Rhône-Alpes, qui prévoit des assises en février. Tous les présidents l'assurent : ces remue-méninges territoriaux sont l'ébauche d'une "véritable démocratie territoriale". Et non un "simulacre" d'écoute.
 
FIGARO du 26 11 04
 
Divergences au gouvernement sur la future agence nationale  Bercy veut limiter les conflits d'intérêt. Qui tiendra les rênes de la future Agence nationale de la recherche (ANR) dont la création a été annoncée à la fin septembre par le ministre délégué à la Recherche, François d'Aubert (1) ? Autrement dit, qui décidera concrètement de l'attribution des 350 millions d'euros de crédits affectés en 2005 à cette nouvelle structure destinée à soutenir des projets de recherche reconnus pour leur qualité scientifique ? Pour l'instant, les avis divergent.
Un outil pour gagner en souplesse  Dotée, dès l'an prochain, d'un budget de 350 millions d'euros, la future Agence nationale de la recherche (ANR) aura pour mission de «financer, après sélection, les meilleurs projets de recherche sur des thématiques prioritaires définies par le gouvernement». Il s'agit, dans les grandes lignes, des sciences du vivant (en particulier le biomédical), de l'énergie et du développement durable, et des technologies de l'information et de la communication.
.../... «En plus de l'acquisition de connaissances nouvelles, la recherche doit aussi contribuer à améliorer la compétitivité des entreprises et répondre à des demandes sociales fortes, notamment dans le domaine de la santé ou de l'environnement», explique un membre du cabinet de Jean-Pierre Raffarin.
 
LES ECHOS du 18 11 04
 
La crise de l'université italienne. La France s'inquiète de l'état de son université, l'Italie s'en alarme. Dans tous les classements internationaux, la péninsule apparaît comme l'un des pays développés les moins bien dotés en matière universitaire. La fuite des cerveaux y est massive. Tout cela a conduit récemment à une véritable révolte des chercheurs italiens. Pierre de Gasquet, correspondant des « Echos » à Milan, analyse cette crise des « trois T » - pour technologie, talent et tolérance - qui mine la société et l'économie italiennes
 
LE MONDE du 18 11 04
 
Hautes technologies  : la France en perte de vitesse. Jean-Pierre Raffarin vient de recevoir du conseil d'analyse économique (CAE) deux rapports qui relativisent l'importance des délocalisations et de la désindustrialisation. En revanche, ils s'inquiètent de la perte de compétitivité des entreprises françaises dans les secteurs les plus innovants.
Il y a urgence. La France doit se donner les moyens de relancer sa recherche et sa capacité d'in- novation et réfléchir à sa spécialisation industrielle. C'est en substance le message qu'ont transmis Jean-Paul Betbèze, Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi au pre- mier ministre, Jean-Pierre Raffarin, lundi 15 novembre, en lui remettant deux rapports réalisés sous l'égide du conseil d'analyse économique (CAE).
Ces trois économistes ont travaillé sur deux sujets : "Recherche et développement, financement et croissance : quels choix pour la France dans l'Union européenne ?" pour M. Betbèze, économiste et conseiller du président et du directeur général du Crédit agricole ; "Désindustrialisation-délocalisations" pour M. Fontagné, professeur à l'université Paris-I et économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII), et M. Lorenzi, professeur à Paris- Dauphine, président du Cercle des économistes. Assez vite, toutefois, les trois chercheurs ont constaté que les deux sujets étaient étroitement liés.
.../... Les trois économistes réclament donc des mesures tous azimuts pour stimuler la recherche et l'innovation en France. Ils plaident pour davantage de coordination et de souplesse budgétaire au niveau européen, pour une plus grande stimulation des entreprises, notamment par des mesures fiscales, car ce sont surtout les dépenses de recherche privée qui font défaut à la France.
 
LES ECHOS du 18 11 04
 
La crise de l'université italienne. La France s'inquiète de l'état de son université, l'Italie s'en alarme. Dans tous les classements internationaux, la péninsule apparaît comme l'un des pays développés les moins bien dotés en matière universitaire. La fuite des cerveaux y est massive. Tout cela a conduit récemment à une véritable révolte des chercheurs italiens. Pierre de Gasquet, correspondant des « Echos » à Milan, analyse cette crise des « trois T » - pour technologie, talent et tolérance - qui mine la société et l'économie italiennes

LIBERATION du 17 11 04
 
Les oubliés de la recherche.
Mobilisation et états généraux n'ont en rien résolu la précarité des jeunes diplômés par Laurence Buffet et Jean-Christophe Angaut, porte-parole du Collectif des jeunes chercheurs contre la précarité.
C'est en leur nom qu'au mois de mars dernier, chose pourtant rare, la rue a vu descendre les personnels de la recherche et de l'enseignement supérieur. C'est en leur nom que les académiciens, les ministres et les députés sont tombés d'accord pour réformer le monde de la recherche. C'est en exhibant leur désarroi sur les plateaux de télévision et leurs bulletins de salaire dérisoires ­ lorsqu'ils en ont ­ que l'on a ému l'opinion publique. Ce sont eux qui sont sortis en masse de chez eux et des bibliothèques, et, pour les plus chanceux d'entre eux, de leurs bureaux ou de leurs laboratoires, pour revendiquer enfin le droit à un emploi stable.
.../... Quel que soit l'avenir du texte final des états généraux, une question plus grave encore est de savoir combien de temps la recherche en particulier, mais plus généralement l'ensemble de notre société, pourra survivre en perpétuant une précarité d'une telle ampleur. A la suite de l'explosion de la précarité dans les années 90, c'est maintenant au tour des jeunes diplômés de jouer le rôle de la main-d'oeuvre sans droits, corvéable et jetable. Les jeunes chercheurs précarisés ne sont qu'une des catégories d'une longue liste de diplômés précaires (journalistes, enseignants, médecins, intermittents, architectes, graphistes, avocats...).
 
DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE  - DNA -  du 16 11 04
Compétitivité : la vision du député Christian Blanc
Auteur d'un rapport au Premier ministre, le député des Yvelines Christian Blanc a planché hier, à l'invitation du Conseil économique et social d'Alsace sur les conditions d'une relance de la compétitivité française.
Introduire en France ce qui marche ailleurs, libérer les chercheurs, remettre la recherche publique dans les mains des universités, créer des liens d'affaires entre les entreprises, donner davantage de pouvoirs économiques aux Régions : le député Christian Blanc, auteur du rapport « L'écosystème de la croissance », a livré hier après-midi à Strasbourg quelques clés de sa réflexion aux participants à un débat public sur le thème « Pôles de compétitivité et réseaux d'entreprises : une chance pour l'Alsace », à l'initiative du Conseil économique et social d'Alsace.
Un modèle remis en question. Son président Jean-Marie Sander, en prélude, avait donné la tonalité de l'inquiétude qui prévaut actuellement dans la région : « La crise économique et surtout industrielle qui frappe la France est sévère et remet profondément en question son modèle de développement. L'Alsace est en première ligne. Notre région est encore considérée comme une région riche, mais cette image tiendra-t-elle encore longtemps ? »
 Saluant le « propos tonique et lucide » de son hôte, Christian Blanc a tracé en quelques phrases un portrait sans concession d'une France en train de se faire distancer par d'autres économies, y compris les plus proches, Allemagne et Grande-Bretagne. Cependant le leader d'Énergies Démocrates n'a pas voulu ajouter de la désespérance à l'accablement. Il porte malgré tout le scalpel sans détour à l'abcès : « J'entends beaucoup ce leitmotiv : "C'est un mauvais moment à passer mais ça va repartir. Non, ça ne repartira pas ! Pas comme ça. Il faut 2,5% de croissance pour pouvoir payer le modèle social français, voire européen. Nous avons eu 0,5% en 2003. Nous payons, en réalité, notre différentiel de croissance par la dette. Notre modèle économique ne fonctionne plus... »
Il y a urgence !  Se référant parfois au général de Gaulle, de temps en temps à Ronald Reagan, plus volontiers à Tony Blair, l'ancien patron d'Air France passe beaucoup de temps à s'expliquer, partout en France. Mais ses premiers mots, très souvent, sont lapidaires : « Nous n'avons pas le temps, il y a urgence ! » Les réflexions de Christian Blanc partent du principe que la France doit, au plus vite, intégrer la « société de la connaissance ». D'où son intérêt très vif pour tout ce qui relève de la recherche et de l'enseignement supérieur (lire ci-dessous).
 Devant Adrien Zeller, qui n'est évidemment pas à convaincre, Christian Blanc a plaidé ardemment pour une régionalisation des compétences économiques : « C'était l'intention de Jean-Pierre Raffarin et il ne l'a pas fait. Il n'a pas fait le choix de rester dans l'Histoire. Mais ça n'a pas d'importance ! Cette réforme, il faut la faire. Les Régions ont la bonne taille pour agir et les acteurs peuvent se connaître et élaborer des projets ».
Trois à cinq pôles technologiques
A l'intention des entrepreneurs, Christian Blanc recommande tout autant de « réfléchir autrement ». Il estime que la France est surchargée d'organismes professionnels (dont la représentativité, d'ailleurs, n'est pas toujours criante) alors qu'elle manque singulièrement d'outils de solidarité et de coordination « sur le business lui-même ». Certaines initiatives récentes, en Alsace, tendent d'ailleurs à occuper cette place.
 Touchant enfin aux pôles de compétitivité que le gouvernement propose de constituer autour du trio recherche-entreprise-formation, Christian Blanc juge que seuls « trois à cinq pôles technologiques émergeront en France ». Autrement dit, il n'y en aura pas pour toutes les régions. Ce qui n'empêche pas chacune d'elle de créer ce que les professionnels appellent des « clusters ». C'est-à-dire des pôles de compétences plus flexibles, plus territoriaux, moins formels, à l'initiative des acteurs locaux. Et sans forcément attendre la manne-poison des subventions de Bercy.
 
LE MONDE du 16 11 04
Désindustrialisation  : où est le problème ? par Michel Godet, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), membre du Conseil d'analyse économique.
Les peurs ont la vie dure ! On a beau répéter que les délocalisations pures représentent moins de 5 % des investissements français à l'étranger (le reste témoigne de la bonne santé de nos entreprises qui partent à la conquête du monde et d'abord de l'Europe, notre principal marché) et constater que l'attractivité de la France des 35 heures reste insolente pour nos voisins (nous sommes, après la Chine, le deuxième pays au monde pour les investissements directs étrangers), rien n'y fait ! La "une" de l'actualité reste alarmante sur le thème de la désindustrialisation et des délocalisations. Les rapports officiels de la Datar et du Conseil d'analyse économique se succèdent pour conclure que la France reste une puissance industrielle de premier rang et qu'il y a moins désindustrialisation que mutations industrielles et internationalisation des activités.
La réponse aux défis du futur se situe certainement dans l'innovation et la capacité des acteurs et des territoires à s'organiser en pôles de compétitivité.
 
LIBERATION du 10 11 04
La recherche propose et indispose Fillon. Le rapport des Etats généraux, remis hier au ministre, est peu compatible avec le projet du gouvernement.
«Légitime.» C'est «le mot le plus important», insiste Etienne-Emile Beaulieu, pour qualifier le rapport des Etats généraux de la recherche remis hier au gouvernement. Le président de l'Académie des sciences se tient dans l'antichambre du ministre de l'Education, François Fillon, rue de Grenelle à Paris. Autour de lui, outre l'hôte des lieux, François d'Aubert, ministre délégué à la Recherche, Edouard Brézin, vice-président de l'Académie, Alain Trautmann et Francis-André Wollmann du mouvement Sauvons la recherche. Chacun tient en main le fameux rapport (89 pages) qui fait figure de trophée pour les scientifiques, et de patate chaude pour les ministres.
Ambitieuses. «Légitime» car produit par la communauté scientifique dans son ensemble. C'est tout le succès des Etats généraux de prolonger le mouvement de protestation en force de propositions. Et c'est tout le problème du gouvernement. Car celui-ci s'est mis dans l'obligation d'annoncer une loi de programmation et d'orientation pour la recherche publique que Fillon promet pour le «printemps prochain».

FIGARO du 10 11 04

Les chercheurs chiffrent leurs propositions. Le comité Beaulieu a remis son rapport. Au terme d'une demi-heure de huis clos avec les représentants du Comité d'initiative et de propositions (CIP) venus lui remettre officiellement la toute dernière mouture du rapport des États généraux de la recherche, organisés les 28 et 29 octobre derniers à Grenoble (1), le ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, François Fillon, s'est félicité du «retour à une vraie confiance» après la crise sans précédent qui a agité la communauté scientifique au début de cette année.

Tout en cédant à leurs revendications, «le gouvernement avait demandé aux chercheurs de s'engager dans un vrai travail de propositions de réforme et cet engagement a été tenu», a souligné le ministre.
Même s'il reste «quelques points de désaccord», ce document servira à élaborer le projet de loi de programmation et d'orientation, que François Fillon et son ministre délégué, François d'Aubert, également présent, se sont engagés à présenter au Parlement «au premier semestre 2005».
«Nous avons conscience d'avoir été entendus, ce rapport représente la légitimité de la communauté scientifique», a déclaré de son côté le professeur Étienne-Émile Baulieu, président du CIP

LE MONDE du 02 11 04

Lueur d'espoir pour la recherche. Le pire, pour la recherche française, semble écarté. Les scientifiques avaient beau répéter que leur mouvement n'avait rien de corporatiste, la défense de la recherche publique pouvait cacher celle d'un fonctionnariat frileux, arc-bouté sur le passé et profondément opposé à toute remise en cause.

Le document de 70 pages, intitulé "Propositions pour améliorer le système de recherche français", approuvé à Grenoble et dont le Comité d'initiative et de propositions (CIP) doit remettre la version finale au gouvernement le 9 novembre, fait figure de petit miracle de synthèse. Le maelström des débats dispersés dans les comités locaux d'organisation des Etats généraux (Cloegs) accouche ainsi d'un texte qui décevra autant les plus révolutionnaires que les plus réactionnaires.
Si les Etats généraux affichent ainsi clairement les positions des scientifiques, il n'en va pas de même du gouvernement, qui s'est soigneusement tenu en retrait depuis qu'il a accédé aux demandes des chercheurs en avril. M. Fillon et M. d'Aubert, respectivement ministre de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche et ministre délégué à la recherche, n'ont rien laissé filtrer des projets gouvernementaux en matière de recherche jusqu'à la présentation du projet de loi de finances 2005.
 
LIBERATION du 02 10 04
 
Repolitiser la science  par Roger-Gérard Schwartzenberg, ancien ministre de la Recherche ; député PRG du Val-de-Marne.
.../... c'est-à-dire lui faire retrouver sa place dans la Cité, dans la vie civique et politique.
Jaurès, de Gaulle ou Mendès France parlaient de la science. Aujourd'hui, en revanche, les responsables politiques français n'en parlent guère, alors qu'aux Etats-Unis, la campagne présidentielle a porté notamment sur des enjeux scientifiques, comme l'utilisation des cellules souches embryonnaires.
Ces enjeux doivent faire leur entrée – ou plutôt leur retour – dans les programmes des partis français. La démocratie ne peut s'arrêter aux portes de la science et de la technologie. Les citoyens ne veulent plus qu'on évacue celles-ci du débat politique. Désormais, ils veulent être informés et participer à la décision aussi dans ces domaines.

LE MONDE du 31 10 04

Les Etats généraux de la recherche s'achèvent sur un consensus vigilant. Après deux jours de débats, la plate-forme de propositions est plébiscitée.

Standing ovationpour Edouard Brézin, rapporteur du texte de synthèse. Une autre pour Alain Trautmann, porte-parole de Sauvons la recherche ! et un plébiscite à main levée pour la plate-forme de propositions. .. Après les discussions très animées de jeudi (Le Monde du 30 octobre), la seconde journée des Etats généraux de la recherche a été celle du consensus.

La partie n'était pas gagnée d'avance. "La voie était étroite, entre l'éclatement dû aux divergences d'opinions et le compromis vide de toute substance qui nous aurait ridiculisés. Mais nous avons réussi. Ce texte identifie les difficultés de la recherche française et présente des initiatives et des propositions réalistes pour y porter remède", s'est réjoui Edouard Brézin, en résumant les principales conclusions des assises de Grenoble.

LIBERATION du 30 10 04

Recherche: l'état de grâce des états généraux.
A Grenoble, belle unanimité des scientifiques devant des politiques repentants.
Pari gagné. La deuxième journée des assises nationales des états généraux de la recherche a permis aux 900 scientifiques réunis à Grenoble de marquer un grand coup dans leur dialogue heurté avec les partis politiques. Chercheurs et universitaires faisaient part de leur «fierté» d'avoir relevé un défi : transformer un mouvement de protestation en force de proposition incontournable. Avec, en prime, un petit moment d'émotion lorsqu'un vote à main levée a montré une assemblée quasi unanime, approuvant dans l'enthousiasme les propositions de réforme et les revendications pour la loi de programmation et d'orientation, prévue au printemps 2005.

Une démonstration d'unité et de responsabilité qui va sans doute compliquer la vie du gouvernement, en lui mettant une forte pression, tant sur ses choix budgétaires immédiats que dans l'élaboration de la loi.

LE MONDE du 30 10 04
 
La parole aux chercheurs.
Réunis en Etats généraux à Grenoble, les scientifiques débattent pendant deux jours, avec passion, de leurs propositions de réforme.
Ovations, huées, rires, prises de micro... Les mauvais traitements infligés à la recherche scientifique avaient libéré, à l'hiver et au printemps, la colère des "blouses blanches". Les Etats généraux de la recherche, jeudi 28 et vendredi 29 octobre à Grenoble, ont libéré leur parole.
Entre brain-storming et happening, les 850 délégués présents, représentant une trentaine de comités locaux, ont donné de la science une image tout sauf figée.
.../... Le ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, quant à lui, a été conspué pour s'être dit partisan de "la création de pôles d'excellence". Les chercheurs n'y ont pas reconnu leur proposition de "pôles de recherche et d'enseignement supérieur" qu'ils inscrivent, pour leur part, dans "une logique d'aménagement du territoire" évitant "la désertification scientifique croissante". M. Fillon a en revanche été chaudement applaudi, lorsqu'il a jugé "nécessaire de mettre en place un plan pluriannuel de l'emploi scientifique".
 
Ecoutons les chercheurs !, par Jean-Louis Beffa, président de la compagnie Saint-gobain et membre du conseil de surveillance du "Monde".

.../... Les chercheurs ont placé en amont de leur synthèse le caractère social de leur activité : l'élaboration des connaissances n'est jamais solitaire. A un moment historique donné, l'ensemble des questionnements scientifiques pertinents dépend des croyances les mieux partagées dans une certaine communauté sociale. Le succès d'observations originales ou d'une théorie nouvelle ne dépend pas seulement de leur plausibilité. Pour qu'elles se répandent, les connaissances doivent être communicables. Les scientifiques consacrent ainsi une grande partie de leur temps à la communication.

Elaborer de la connaissance scientifique suppose donc de passer du temps dans un laboratoire, de noircir des feuilles ou de mettre en œuvre des expériences, de résoudre des problèmes complexes. Cela suppose surtout de rédiger des articles, de dessiner des "posters", de discuter dans des ateliers et de préparer des conférences. Cela nécessite aussi de lire les contributions des autres et de débattre de la justesse de leur point de vue. C'est précisément là que se trouve le point commun entre un océanographe de l'université de La Rochelle, une ethnolinguiste de Paris-VIII, une géophysicienne de l'IGN et un phylogénéticien du Muséum ! C'est en cela qu'ils se distinguent des chercheurs du secteur privé, contraints au secret de leur découverte.

FIGARO du 30 10 04

Les chercheurs attendent une suite à leurs idées.
Les Etats généraux de la recherche se sont terminés hier par une ovation de trois minutes du professeur Edouard Brézin, coprésident du CIP (Comité d'initiative et de proposition) et vice-président de l'Académie des sciences. Il venait de présenter les principales propositions de réforme de la recherche française. Son intervention, qui reprenait quelques-unes des 70 pages du rapport du CIP, a emporté l'adhésion de l'immense majorité des quelque mille chercheurs présents à Grenoble. Les présidents d'université ont pour leur part regretté que l'avenir des établissements (CNRS, Inserm, etc.), qui conditionne la place de l'université, ne soit pas suffisamment évoqué. Les propositions du CIP devraient être remises le 9 novembre au gouvernement.

Transformer un mouvement de protestation en force de proposition n'est pas chose fréquente dans notre pays. A ce titre, la démarche du CIP est exemplaire. «La rédaction des propositions a mis en oeuvre un processus totalement inédit de réflexion collective», a souligné Olivier Gandrillon, biologiste et animateur du Cloeg de Lyon. Cet exercice de démocratie collective n'aurait jamais eu une telle ampleur sans Internet (2).
Dès le 7 janvier, jour du lancement de la pétition de Sauvons la recherche, le courrier électronique a permis une diffusion tous azimuts et extrêmement rapide du document. SLR dispose aujourd'hui d'un fichier de 130 000 adresses électroniques qui lui permet d'être en relation directe avec tous les laboratoires de France et d'outre-mer ainsi qu'avec les chercheurs français expatriés soutenant le mouvement. «En ayant des réactions très rapides, cela nous a permis d'éviter des erreurs politiques», analyse rétrospectivement Alain Trautmann.

LE MONDE du 29 10 04

Réforme de la recherche  : "Un nouveau pacte avec la société". Les ministres François Fillon et François d'Aubert ouvrent les Etats généraux à Grenoble.

.../... Le gouvernement, se défend François d'Aubert, n'entend pas "imposer une réforme" aux chercheurs : "La réforme, c'est d'abord la communauté de la recherche qui la demande. Vous tous, nous appelez au changement, et nous avons pris au mot ce message."

Sur la méthode, le ministre souligne qu'il a, "dès le début de ce processus, prêté une attention particulière aux travaux engagés par le CIP -le comité d'initiative et de proposition, organisateur des Etats généraux de la recherche-, à Paris et sur tout le territoire". Pour autant, la loi sur la recherche ne prendra pas en compte les seules propositions issues des Etats généraux : "Depuis quelques mois, de nombreuses contributions nous sont parvenues, des académies, de chercheurs de renom, des responsables d'organismes, de la Conférence des présidents d'université (...) En tenant compte des propositions qui seront issues des Etats généraux, mais aussi des autres contributions, en mesurant attentivement la légitimité, la représentativité et la pertinence de chacune, nous élaborerons notre projet de loi d'orientation et de programmation de la recherche".

.../... François Fillon, pour sa part, devait livrer aux chercheurs quelques-unes des "lignes de force, sinon de consensus", qui doivent être, à ses yeux, "au cœur de la loi d'orientation et de programmation de la recherche".
.../... Première idée force : "Nous ne disposons pas, en nombre suffisant, de structures d'enseignement supérieur et de recherche dotées d'une masse critique internationale." D'où le projet de création de "pôles d'excellence fédérant, régionalement, universités, centres de recherche et entreprises au meilleur niveau mondial".

LIBERATION du 29 10 04

Enseignement et recherche, même combat.
Primordiale, l'articulation entre développement et transmission des savoirs est assurée par les universités,
par Jacqueline Heinen professeure de sociologie, présidente de la Conférence permanente du Conseil national des universités (CP-CNU) et Jacques Moret professeur de biodiversité, vice-président de la CP-CNU.

L'EXPRESS du 25 10 04

DEBAT Recherche. Où trouver l'argent?   

A quelques jours de la tenue de ses premiers états généraux, la communauté scientifique exige des moyens spécifiques pour financer la recherche. Le gouvernement, lui, affirme dégager 1 milliard d'euros supplémentaire pour 2005. Un effort sans précédent, estime-t-il. Mais quelles sont les priorités pour demain et comment y répondre?
Un milliard d'euros supplémentaire, un «effort financier considérable». Voilà ce que vantait le ministre délégué à la Recherche, François d'Aubert, en présentant le mois dernier son budget 2005. Un programme «en trompe l'oeil», «de la poudre aux yeux», ont immédiatement répliqué les scientifiques; un «Sarko-phage», ironisait même Jacques Fossey, secrétaire général d'un de leurs syndicats. Alors, milliard ou pas? Et, à supposer qu'il existe, où le trouver? Ce sera l'un des thèmes abordés par les chercheurs, qui se réunissent à Grenoble les 28 et 29 octobre, pour leurs premiers états généraux...

«Les découvertes ne se programment pas». Alain Trautmann, biologiste à l'Institut Cochin, porte-parole du collectif Sauvons la recherche.
Dans le milliard d'euros annoncé par le gouvernement, on trouve un tiers de ressources budgétaires et un tiers de ressources extrabudgétaires. Quant au dernier tiers (crédits d'impôts, etc.), c'est du maquillage, de l'artifice comptable! Il ne viendrait à personne l'idée de faire la même chose pour la défense ou l'éducation nationale. Que les pouvoirs publics trouvent des idées nouvelles, des moyens nouveaux, pourquoi pas? Mais, au moins, que cela soit fait avec un budget propre, pas avec des bouts de ficelle! Cet effort financier - important, tout le monde en convient - permet juste de combler en partie le trou des années 2003 et 2004; il ne fait pas redémarrer le système...
«Inspirons-nous du pragmatisme américain».
Luc Teyton, immunologiste, professeur au Scripps Research Institute, en Californie.
La recherche française manquerait d'argent? Je dirais plutôt que cet argent est épouvantablement mal utilisé: on pourrait économiser 50% des sommes en jeu rien qu'en évitant de subventionner les chercheurs inutiles ou médiocres! Prenez l'Institut Pasteur. Avec un budget à peu près équivalent à celui de notre institut - 350 millions de dollars - qui, lui, est entièrement privé, il publie cinq fois moins que nous. C'est catastrophique et montre bien qu'il y a un problème de productivité spécifique à la France. Je vois plusieurs raisons à cela: la rigidité du système, le caractère très vertical des rapports d'autorité et la taille démesurée de certains laboratoires - 40, voire 60 personnes quand aux Etats-Unis on ne dépasse la dizaine de collaborateurs que de façon exceptionnelle. Résultat: en Californie, chacun a sa chance, notamment les jeunes; ici, chacun a son indépendance. Contrairement au système français, où le CV et l'institution comptent au moins autant que vos capacités personnelles...
«Créons une agence nationale de moyens».
Philippe Pouletty, Président de France Biotech, directeur du Conseil stratégique de l'innovation (CSI).
Depuis deux ans, les pouvoirs publics ont affiché un objectif clair: que 3% du produit intérieur brut (PIB) soient consacrés à la recherche d'ici à 2010. Concrètement, cela signifie 1,5 milliard d'euros supplémentaire dès 2005, puis plus de 2 milliards l'année suivante et ainsi de suite. De ce point de vue, le milliard annoncé constitue donc bien un énorme progrès, mais il demeure en deçà des promesses du gouvernement.
Alors, pour parvenir à respecter la promesse du candidat Jacques Chirac durant la dernière campagne présidentielle, j'ai une solution: que le fruit des privatisations des fleurons de la recherche française (Areva, EDF, France Télécom...) soit, au moins en partie, réinvesti dans la recherche de demain. J'avais d'ailleurs émis cette idée devant Francis Mer quand il était encore ministre de l'Economie, et il y était favorable. C'est uniquement une question de volontarisme politique, puisque l'argent est là, à travers les 100 à 150 milliards d'euros d'actifs privatisables, et qu'il suffirait de consacrer 10% de ces montants à la recherche pour se rapprocher de l'objectif affiché de 3%...
«Commençons par mieux rémunérer les bons chercheurs». Thierry Weil, Docteur en physique et ingénieur, professeur-chercheur à l'Ecole des mines, directeur du groupe de réflexion Futuris.
Je suis très méfiant vis-à-vis des grands discours généraux sur la recherche, des solutions trop simples et des idées toutes faites. D'autant qu'en matière budgétaire les chiffres sont délicats à manier. Le 1% du produit intérieur brut consacré à la recherche, par exemple, que recouvre-t-il exactement? Parle-t-on uniquement de la recherche civile? Celle-ci comprend-elle les grands programmes nationaux relatifs à l'aéronautique ou au nucléaire? Selon les réponses à ces questions, on passe de 1% à quelque chose qui serait plus proche de 0,6%...

LIBERATION du 22 10 04

Débat. Si les citoyens se mêlaient de recherche...

A Jussieu, scientifiques, ONG et politiques ont tenté de parler objectifs et non moyens. Un paysan hostile aux OGM, un biologiste plutôt favorable, une sénatrice verte, un biologiste qui réclame des «conférences de citoyens» pour dire aux chercheurs où chercher, un militant altermondialiste mais pas du tout convaincu de la pertinence de cette proposition... Le tout dans un sous-sol du campus de Jussieu (Paris Ve), mercredi soir, avec le titre ­ un tantinet ambitieux ­ de «Forum social de la recherche». Souterrain, discret, pétri de contradictions, c'est le débat dissimulé sous la lutte pour les crédits, sous la négociation de la réforme : la recherche pour qui ? Pour quoi ?
«Technoscience». Un débat qui interroge non les moyens de la recherche publique mais ses objectifs. Et qui, souvent, met en cause le consensus politique feutré, entre académiciens, directeurs de laboratoires, industriels, ministres.

LE MONDE du 21 10 04

M. Chirac veut sortir les dépenses de recherche du pacte de stabilité. L'occasion était choisie : Jacques Chirac a profité du 50e anniversaire du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN), mardi 19 octobre à Genève, pour demander que les dépenses de recherche soient exclues des critères du pacte de stabilité européen, ceux-ci exigeant des dépenses publiques inférieures ou égales à 3 % du PIB. "Je crois qu'il serait souhaitable et cohérent avec l'ambition de l'Europe de devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde, de placer - les dépenses publiques de recherche et de développement - en dehors des critères du pacte de stabilité et de croissance", a dit M. Chirac devant les représentants des vingt pays membres d'une des plus prestigieuses institutions scientifiques du monde (Le Monde du 20 octobre)..../.. Dans une véritable ode à la science - qui devait sans doute quelque chose au mouvement des chercheurs qui a secoué le pays au début de l'année - M. Chirac a rappelé que, pour la France et pour l'Europe, l'investissement dans la recherche était "plus qu'une priorité". "C'est une condition de la croissance et de l'emploi. C'est une exigence de survie dans la compétition internationale", a souligné le président. Il a aussi pris soin de rendre hommage aux chercheurs, auxquels la société devait "reconnaître toute - leur - place" et "les appuyer dans la poursuite de leur mission".

 
 ANALYSE Recherche  : une réforme faute de politique.
.../... On va donc réformer. Le mot sonne clair. Mais ce qu'il fait en réalité entendre, en creux, est l'absence de véritable projet, de grand dessein, d'ambition forte pour la science. La réforme tient lieu de politique. C'est un peu court. Comme est un peu court l'argumentaire avancé et qui tient en un mot : la "crise" de la recherche. Martelé sans relâche, ce discours a fini par convaincre que la recherche française était structurellement déficiente et inadaptée à la compétition scientifique internationale. Et par imposer, du même coup, comme une évidence, l'idée d'une nécessaire réforme.
.../... Dans ce contexte, les milliers de chercheurs et d'universitaires qui se sont investis dans les débats sur l'avenir de la recherche ont une partie délicate à jouer. Il leur faut avancer de vraies propositions, sous peine d'apparaître comme des "révolutionnaires du statu quo" moqués par l'ancien ministre Claude Allègre. Relations entre laboratoires publics, tissu économique et société civile, répartition des rôles entre organismes et universités, rapprochement des statuts des chercheurs et des enseignants-chercheurs, pilotage de la recherche, évaluation des équipes : les chantiers ne manquent pas.

LA CROIX du  12 10 04

On manque de jeunes chercheurs. Contrecoup du succès du mouvement «Sauvons la recherche», il y a huit mois, les jeunes chercheurs font leur rentrée dans la morosité. «Nous autres, jeunes chercheurs, n’avons pas attendu la crise de l’année dernière pour nous préoccuper des débouchés.» Découragés, les jeunes chercheurs ? «C’est bien simple, explique Gérard Charbonneau, vice-président de Paris-Sud, en biologie, les premiers de DEA ne se sont même pas inscrits en thèse cette année.»À l’heure de la rentrée universitaire, le séisme qui a secoué le petit monde de la recherche n’en finit plus de provoquer des remous. Les facs ne manquent pas encore de jeunes chercheurs, mais l’enthousiasme de ceux-ci a été sévèrement mis à l’épreuve. Et pour cause. Les associations de jeunes chercheurs étaient aux premières loges du mouvement «Sauvons la recherche». Après huit mois d’une mobilisation sans précédent, elles jugent bien maigres les avancées obtenues.

FIGARO du 05 10 04

Gestation douloureuse de la réforme des labos. Le comité de proposition présidé par le professeur Beaulieu a frôlé l'éclatement à moins d'un mois des états généraux. Le débat bat son plein.

A la moulinette du «réformoscope». Comment arriver à y voir clair dans toutes les propositions de réforme du système de recherche française rendues publiques au cours de la période récente ? Une solution : lire le substantiel travail d'analyse réalisé par Rémi Barré, directeur scientifique de Futuris et spécialiste des politiques de recherche. Une étude baptisée «Le réformoscope», une vraie mine pour la réflexion.

Travailleur infatigable, le professeur du Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) a épluché pas moins de 23 propositions. On y trouve pêle-mêle le rapport de l'Académie des technologies ; le rapport de Christian Blanc (Pour une écologie de la croissance) ; Du nerf, le texte rédigé par François Jacob, Philippe Kourilsky, Jean-Marie Lehn et Pierre-Louis Lions ; sans oublier la version intermédiaire du texte du CIP. 

Pour une meilleure répartition des rôles.
«La France ne consacre pas à la recherche un effort à la mesure de son besoin de croissance et de ses ambitions. La recherche publique souffre d'une gestion trop centralisée au niveau de l'Etat qui limite sa réactivité, gêne les collaborations avec les entreprises et complique l'intégration dans l'espace européen.» Peu de chercheurs renieraient cette phrase placée en préambule des propositions que le groupe de prospective Futuris rend publiques aujourd'hui. Mais les propositions de Futuris tranchent par leur clarté.

.../... «Il faut changer les attitudes et les comportements», résume Jacques Lesourne. A la lumière de cette réflexion, on peut deviner sans peine que la réforme de la recherche intéresse de près l'ensemble de la société française. Après tout, ce qui est préconisé pour la recherche pourrait l'être dans bien d'autres secteurs.

Michel Callon : «La science ne doit pas échapper au débat politique». Michel Callon est un des chercheurs les plus marquants de la sociologie des sciences en France. Professeur à l'Ecole des mines de Paris et chercheur au Centre de sociologie de l'innovation, sa notoriété déborde largement nos frontières. Critiquant la distinction traditionnelle entre recherche publique et recherche privée, il estime que les pouvoirs publics, les chercheurs et les entreprises doivent voir que le monde a changé. Il faut, selon lui, imaginer des formes d'organisation qui rendent largement discutables les orientations de la science. C'est la première fois qu'il s'exprime dans la presse sur la crise de la recherche en France.

.../... La société française peut-elle réformer sa recherche publique ?
Il faut que les pouvoirs publics, les chercheurs et les entreprises acceptent de voir que le monde a changé. Le jeu à trois est terminé. Les publics concernés font pression pour que l'on organise autrement la recherche. L'aventure des logiciels libres comme Linux montre que de nouveaux modèles sont envisageables et que de nouveaux acteurs porteurs d'innovations naissent un peu partout. La France n'est pas à l'écart de ce mouvement, loin de là. L'organisation de la recherche sur le sida et le rôle qu'a joué l'ANRS sont exemplaires. J'ai cité le cas de l'AFM mais il faudrait mentionner aussi l'Alliance des maladies rares. N'oublions pas les initiatives récentes de l'Inra et de l'Inserm qui se sont ouverts à des débats sur leurs orientations. Notre société bouge. Il faut profiter de ce dynamisme pour mettre en place des formes d'organisation qui permettent d'en tirer profit. Mais, pour cela il faut que nos chercheurs et nos décideurs se débarrassent de l'idée qu'il existe une science fondamentale qui échappe au débat politique.

LIBERATION du 01 10 04

Fillon invite les facs à passer à la vitesse supérieure.
Il a développé d'ambitieuses perspectives dans le cadre de la compétition internationale.
Cette fois, il a les idées, mais pas le calendrier politique. Alors que la proximité d'une loi d'orientation sur l'éducation stérilise son discours sur l'enseignement scolaire, François Fillon a tracé hier d'ambitieuses perspectives pour l'enseignement supérieur... mais en repoussant toute réforme aux calendes grecques.

Pour Fillon ­ comme pour Allègre ­, «le défi majeur de l'université française [est] celui de la compétition internationale» et «la qualité de notre université est le nerf de la compétition économique, sociale et intellectuelle du troisième millénaire». Conséquence : «La surenchère entre pays est d'ores et déjà ouverte pour drainer les meilleurs professeurs comme les meilleurs étudiants.» .../...

Fillon plaide par ailleurs pour la constitution de «sites ou campus universitaires de standard au minimum européen, voire mondial» ­ notamment via le rapprochement entre grandes écoles et universités ­ pour «fédérer [les] forces scientifiques et pédagogiques».

LE FIGARO du 28 09 04

Une Silicon Valley trop méconnue ! Le territoire francilien face à la concurrence mondiale par Thierry Jacquillat, Président de Paris - Ile- de-France capitale économique. 

Une agence nationale pour la recherche prochainement créée, la collectivité des chercheurs qui formulera ses propositions de réforme fin octobre, lors d'assises nationales à Grenoble, des pôles de compétitivité décidés lors du dernier Comité interministériel d'aménagement du territoire (CIADT), le groupe franco-allemand EADS qui crée une fondation pour associer centres publics de recherche et entreprises privées, des Français qui profitent des récentes Journées du patrimoine pour découvrir enfin certains sites scientifiques... Autant de témoignages parmi d'autres, divers, mais convergents. Ils laissent espérer un sursaut pour relancer dans notre pays l'esprit de recherche et d'innovation sur de nouvelles bases. Mais on est encore loin du compte.
Paris - Ile-de-France capitale économique vient précisément d'élaborer un plan de conquête de reconnaissance mondiale pour la recherche et le développement du sud de l'Ile-de-France....

LE MONDE du 11 09 04

Les chercheurs esquissent leur réforme. L'été aura été studieux pour les animateurs du Comité d'initiative et de proposition (CIP), chargé de l'organisation des Etats généraux de la recherche, et ceux de la quarantaine de comités locaux constitués en province. Samedi 11 et dimanche 12 septembre, leurs délégués se réuniront à Paris, à huis clos, pour peaufiner une première synthèse des propositions émanant de la communauté scientifique. Le texte sera ensuite soumis à la "base", avant le colloque national prévu les 28 et 29 octobre à Grenoble.

Le texte sera ensuite soumis à la "base", avant le colloque national prévu les 28 et 29 octobre à Grenoble.Les chercheurs, eux, veulent être présents au rendez-vous. Les quatre groupes de travail mis en place par le CIP, présidé par le biologiste Etienne-Emile Baulieu et le physicien Edouard Brézin, président et vice-président de l'Académie des sciences, ont produit des centaines de pages d'analyses et de contributions, résumées en près de 80 feuillets accessibles depuis peu en ligne (http://cip-etats-generaux.apinc.org).

.../...Recherche et société.
Tout en posant comme postulat qu'"il ne peut y avoir de recherche de qualité en dehors de l'existence d'une recherche scientifique forte, libre de ses questionnements et de ses modalités dans la limite du droit", les scientifiques veulent "construire la recherche avec l'ensemble de la société". Cela passe, à leurs yeux, par la mise en place de "processus de démocratie participative" tels que des conférences de citoyens sous l'égide du Parlement, ainsi que par la création d'un "Haut Conseil de la science", associant des savants et des représentants de la société civile et "indépendant du pouvoir politique".

Autre souhait : "Mieux situer la recherche nationale dans les relations Nord-Sud", ce qui pourrait nécessiter la fusion des différents organismes intervenant dans ce domaine (Institut national de la recherche agronomique [INRA], Institut pour la recherche sur le développement [IRD], Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement [Cirad], Institut de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement [Cemagref]).

Organisation et financement.
Les chercheurs prônent la création d'un "grand ministère de la recherche et de l'enseignement supérieur" - distinct de celui de l'éducation nationale - dont le rôle serait "d'effectuer les grands choix scientifiques et stratégiques (...) et non pas d'effectuer un pilotage direct de la recherche". Il s'appuierait sur les avis, rendus publics, du Haut Conseil de la science.

Sur la question très débattue du rôle respectif des organismes et des universités, les Etats généraux s'opposent résolument à un affaiblissement - souhaité par certains responsables universitaires - des premiers au profit des secondes. "Les organismes, soulignent-ils, jouent un rôle fondamental dans la structuration du dispositif de recherche et ne doivent pas devenir de simples agences de moyens." Ce qui n'interdit pas d'en "réexaminer le nombre, le contour et les missions". Les universités sont appelées à "jouer un rôle plus important dans le dispositif de recherche", mais "après une réforme profonde de leur fonctionnement". Dans l'immédiat, des "pôles de recherche et d'enseignement supérieur" permettraient de fédérer, en région, organismes, universités et entreprises.

LE MONDE du 10 09 04

Le gouvernement envisage de débloquer un total de 500 millions d'euros, en 2005, pour financer une série de mesures, dont la principale serait la création de "pôles de compétitivité", où les entreprises bénéficieraient d'aides de l'Etat et des collectivités locales.

À la faveur de quelques conflits sociaux spectaculaires durant l'été, le débat sur l'impact des délocalisations d'entreprises ou d'activités est relancé. Sommé d'intervenir pour tenter d'en limiter les conséquences, le gouvernement affûte ses réponses.

Mardi 14 septembre, à l'occasion d'un comité interministériel sur l'aménagement du territoire (CIAT), il devrait décider d'une série de mesures destinées à mettre en place une politique industrielle territoriale. Cette politique s'appuiera sur la création de "pôles de compétitivité" attractifs (tels le plateau de Saclay, au sud de Paris, l'agglomération grenobloise, ou encore la zone du Rousset près d'Aix-en-Provence), ayant un effet d'entraînement économique et financier.

La Délégation à l'aménagement du territoire (Datar) va lancer des "des appels à projets" auprès des collectivités locales et organismes intéressés et établir une première sélection des demandes avant la fin de l'année. Il s'agit de mieux faire travailler ensemble les entreprises, les centres de recherche et de formation, les organismes d'innovation, les banques, les grandes écoles, les collectivités territoriales et les représentants de l'Etat.

Les derniers arbitrages financiers doivent être rendus en début de semaine prochaine par Jean-Pierre Raffarin,  ...

L'EXPANSION de septembre 2004

Libérons les chercheurs, par Bernard Belloc, président d'université et Guido Friebel, chercheur à l'IEI de Toulouse.

.../... Davantage de moyens pour la recherche et l'enseignement supérieur sont nécessaires, mais, sans modification de la façon de les utiliser, rien ne changera. Une solution simple et efficace consiste à introduire plus de compétition. Les chercheurs les plus féconds doivent bénéficier des meilleures conditions de travail, et les meilleurs enseignants doivent être récompensés. Les universités doivent pouvoir attirer les meilleurs chercheurs et professeurs, pour atteindre les objectifs qu'elles se seront fixés elles-mêmes. Cette liberté, en créant une offre très diverse, permettra de mieux répondre à une demande très variée, et d'atteindre des objectifs d'intérêt collectif : conditions d'accueil des jeunes dans l'enseignement supérieur, diversification des filières, formation tout au long de la vie, aménagement du territoire

LE FIGARO du 01 09 04

«Il faut créer des pôles de recherche d'excellence au niveau européen». 

L'université d'été du Medef s'est poursuivie hier. Philippe Camus, président exécutif d'EADS, analysait l'université et la recherche françaises face aux exigences de l'économie mondiale.

.../... Il faut regrouper les compétences des universités, des grandes écoles et des entreprises dans une même communauté géographique et culturelle. Cette méthode fonctionne bien, comme le démontrent les exemples de Toulouse, qui est devenu un grand centre intellectuel de valeur mondiale dans l'aéronautique, et de Grenoble dans la microélectronique. Il faut répéter ces deux exemples.
Cette association universités-centres de recherche-entreprises exige une puissante action de l'Etat. Une volonté politique et des moyens financiers publics sont indispensables...

LE FIGARO du 15 07 04

COMPÉTITIVITÉ La France peut revenir dans la course à l'innovation à condition de réformer ses universités. Enseignement supérieur : les six raisons de la crise.
L'enseignement supérieur français traverse une crise sans précédent. Le système a bien fonctionné pendant les glorieuses années de reconstruction mais depuis quelques années, il est en crise. Tel est le diagnostic des économistes Philippe Aghion et Elie Cohen, auteurs d'un rapport iconoclaste sur l'université française et la recherche (1). Le gâchis est d'autant plus grand que la sélection n'a jamais été aussi forte : «Mais il s'agit d'une sélection aveugle, injuste, incohérente et surtout inégalitaire.» Une réforme profonde est indispensable pour que la France s'adapte à la nouvelle donne économique. «Il y va de notre croissance et de notre futur niveau de vie», affirment les deux universitaires dont le travail a reçu l'aval du Cercle des économistes. Et il ne suffit pas d'injecter de l'argent pour lui redonner un nouveau souffle : «Les urgences qui attendent l'enseignement supérieur ne sont pas d'abord budgétaires. Il est même probable qu'une augmentation significative des budgets, pour nécessaire qu'elle soit, serait une source de mauvaise allocation de ressources si elle n'était précédée par des changements bien plus complexes et indispensables.»

.../...

«Sauver les sciences de la vie» par Philippe Pouletty, président du Conseil stratégique de l'innovation (CSI) et de France Biotech.

«L'industrie des biotechnologies est concentrée dans de petites aires géographiques. Des noyaux d'implantation de centaines d'entreprises se sont formés autour des meilleurs universités et instituts académiques de recherche.
...La réforme devrait faire des sciences de la vie une priorité nationale et européenne. Elle devrait aboutir à constituer un petit nombre de gros campus universitaires de très haut niveau, à dégager des moyens financiers de plusieurs milliards d'euros, à confier la gestion de ces moyens à une agence de moyens, à stimuler les filières scientifiques des universités en offrant des débouchés de carrière attractifs aux jeunes chercheurs. 

LE FIGARO du 10.07.04

Recherche: la réforme en ligne de mire. LOI D'ORIENTATION. A l'approche de la trêve estivale, les propositions de tous bords continuent d'affluer;
Les dernières propositions pour la nouvelle loi d'orientation et de programmation de la recherche continuent d'affluer. Le précédent ministre de la Recherche, Claudie Haigneré, avait initialement fixé la date butoir à la fin juin. Dans la seule journée de jeudi, un groupe de sénateurs, l'ANRT (Association nationale de la recherche technique) et l'INRA (Institut national de recherche agricole) ont remis leurs contributions au gouvernement. Dans le même temps, le ministre de l'Education, François Fillon, et son collègue délégué à la Recherche, François d'Aubert, en visite à l'université d'Evry ont multiplié les déclarations. «Le débat est lancé, a constaté de son côté le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, invité au déjeuner annuel de l'ANRT. Il va maintenant falloir mobiliser l'ensemble des contributions pour la préparation de la loi.» Le débat prévu au Parlement à la fin de l'année promet d'être riche car les propositions sont diverses et parfois contradictoires. Une chose est sûre: on n'aura jamais autant parlé de la recherche et de la nécessité de la réformer. «La France a besoin de réformes fondamentales. Celle de la politique de recherche est désormais notre priorité», a souligné le premier ministre.

LE MONDE du 06.07.04

La science, moteur de la croissance, si on l'encourage.
Un rapport du Sénat analyse les effets de la recherche sur l'activité économique
Jusqu'à 14 millions d'emplois supplémentaires, dont 3 millions dans les métiers de la recherche, et un taux de croissance dopé de 0,64 %. Tel pourrait être, à l'horizon 2030, l'impact économique d'une augmentation des dépenses de recherche en Europe atteignant, en 2010, 3 % du produit intérieur brut. Ces projections sont présentées dans un rapport de la délégation du Sénat pour la planification, rendu public le 29 juin. Cette évaluation s'appuie sur une simulation réalisée grâce au modèle macroéconomique Nemesis du laboratoire Erasme de l'Ecole centrale de Paris….
 
LE MONDE du 30.06.04
 
Chercheurs et citoyens : le contrat social.
La crise qui a secoué le monde de la recherche est porteuse d'une grande espérance. Elle recèle, en germe, la promesse d'un pacte renouvelé entre chercheurs et citoyens. D'un nouveau "contrat social". Encore faut-il que l'audace - courage politique et imagination mêlés - soit au rendez-vous. La fronde des blouses blanches a éclairé ce qu'il faut bien appeler l'abandon de la recherche par la nation. Les signes les plus tangibles en ont été les coupes budgétaires et les suppressions de postes brutales décidées par le gouvernement et entérinées par le Parlement. Ce désengagement ne date pas d'hier. Au sein de l'Union européenne, ou du moins des Quinze, la France est l'un des pays dont les dépenses de recherche et de développement ont le plus faiblement progressé au cours des dernières années.Le temps est loin des "trente glorieuses", cet âge d'or de la recherche publique où, décrit Christophe Bonneuil, historien des sciences et secrétaire de la fondation Sciences citoyennes, "un Etat économiquement interventionniste et socialement redistributeur s'est fait entrepreneur de science et a bâti notre système de recherche"….
...La révolte des savants a pourtant fait apparaître, dans le même temps, une très large adhésion de l'opinion publique à l'idée qu'une recherche forte est une nécessité vitale pour l'avenir. A l'évidence, la droite a payé dans les urnes des élections régionales son refus d'entendre ce message. Il existe désormais une chance historique de conclure une alliance nouvelle entre la nation et les scientifiques. 

LE MONDE du 29 06 04

Premières propositions de réforme de la recherche.
Le Comité d'initiative et de proposition (CIP) chargé de l'organisation des Etats généraux de la recherche demande "1  milliard de plus en 2005" pour les laboratoires publics. Il préconise un renforcement scientifique dans les universités et une amélioration de la situation des jeunes chercheurs.
Un grand ministère."Le développement indispensable des relations entre le monde de la recherche, celui de l'enseignement supérieur et le monde économique nécessite l'établissement d'un ministère de plein exercice de la recherche, de l'enseignement supérieur et de l'innovation", estime le CIP. L'enseignement supérieur sortirait donc du giron du ministère de l'éducation nationale pour rejoindre celui d'un "grand ministère" de la recherche, élargie à l'innovation.
 
LE FIGARO du 29 06 04
 
États généraux de la recherche : la dernière ligne droite
Les états généraux de la recherche ont bien fonctionné. C'est la fin de juin et, comme décidé au plus fort de la crise du printemps, les dernières propositions des chercheurs sont en train d'être remises au Comité d'initiative et de proposition (CIP). Ce délai lui laissera le temps de faire une synthèse globale qui devrait être proposée et discutée en septembre. La version finale de cette synthèse devrait être présentée à l'automne au cours d'un colloque national et alimenter le débat sur la loi d'orientation de la recherche prévu au Parlement à la fin de l'année.Les propositions avancées dans ce document (1) ont fait l'objet de débats très serrés mais n'apportent pas de recettes miracles. «Il faut rester humble. On ne peut pas demander aux chercheurs de proposer une organisation de la recherche que les gouvernements successifs n'ont pas été eux-mêmes capables de mettre en place», souligne Didier Pelaprat. …A l'évidence, l'expérience humaine des états généraux aura été extrêmement positive. «On a appris à parler le même langage. Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils avaient l'occasion de s'exprimer sur leur environnement professionnel», témoigne Marie-Pierre Junier.
L’EXPRESS du 28 06 04
Recherche. La France au banc d'essai.
Un secteur en crise, mais quel est aujourd'hui son vrai niveau scientifique? Le bilan, discipline par discipline, est extrêmement contrasté. De l'industrie aux maths, des fleurons remarquables. Dans plusieurs domaines d'avenir, en revanche, une faiblesse inquiétante.
...surtout, les réformes de fond qui auraient dû être engagées il y a dix ans déjà restent dans les tiroirs ministériels.
Le contexte est, pourtant, particulièrement favorable: un engagement politique affiché au plus haut niveau de l'Etat, des chercheurs à la fois mobilisés et conscients de la nécessité d'une mise à plat du système, une opinion publique acquise à leur cause. «L'enjeu est énorme, lance François Ailleret, du Conseil économique et social. La fenêtre de lancement existe. On a une chance. Mais, si on ne la saisit pas rapidement, c'est foutu.»...
...Evaluation, valorisation, enseignement. Des réformes nécessaires
Quoi qu'en disent certains, les procédures d'expertise développées par de grands organismes tels que le CNRS ou l'Inserm ne fonctionnent pas si mal. En revanche, à l'échelon des universités, il n'existe aucun système d'évaluation nationale. Chacune définit ses propres critères, sans tenir compte des autres. Tout cela manque singulièrement de cohérence», ...
Philippe Pouletty, président de France Biotech et créateur du Conseil stratégique de l'innovation, ne mâche pas ses mots: «Il va falloir oser, quitte à prendre le risque de ne pas contenter tout le monde. Le pire, en tout cas, serait de faire une non-réforme.»...
 
LIBERATION  du 28 06 04  
Recherche. Les chercheurs ne voient toujours rien venir.
L'engagement de Raffarin d'augmenter le budget de ce secteur s'est mu en vagues promesses. ... Les différents acteurs du système ­ universités et organismes de recherche, chercheurs et universitaires, syndicats et grosses pointures scientifiques ­ s'expriment dans une cacophonie de mauvais augure. Les présidents d'université viennent de faire alliance avec leurs homologues des grandes écoles pour réclamer une réorganisation de l'ensemble du dispositif leur confiant l'essentiel de l'activité de recherche. S'y ajoutent les projets de «régionalisation» et de «concentration en pôles d'excellence», dont la concurrence garantirait la qualité. A ces idées, les opposants répliquent qu'elles comportent le risque de l'abandon d'une politique nationale cohérente...
 
LE MONDE du 24 06 04
La recherche ne peut pas être à moitié prioritaire, par Georges Debrégeas et Alain Trautmann.
Les nouveaux dispositifs d'aide à la recherche devront veiller à accorder une meilleure place aux PME. Le devenir de la recherche se joue en ce moment même et dépendra d'un double engagement : celui des chercheurs à mener à bien une réflexion de fond sur l'organisation du système de recherche ; celui du gouvernement à garantir, sur la durée, les moyens financiers indispensables à ce nouvel élan.
LE FIGARO du 22 06 04
COMPÉTITIVITÉ Le ministre veut relancer le dialogue entreprise, université et recherche
Sarkozy veut relancer l'innovation industrielle
Alors que la France souffre d'une croissance molle comme d'autres pays européens et aggrave son retard en matière de compétitivité industrielle sur les Etats-Unis, Nicolas Sarkozy a plaidé hier pour un volontarisme industriel adapté à la nouvelle donne de l'économie du savoir, c'est-à-dire une économie où les efforts de recherche ont des effets vertueux sur l'emploi et la croissance. Le ministre de l'Economie a choisi Crolles et Grenoble pour annoncer une série de mesures permettant la relance de l'innovation industrielle. A Crolles, symbole des pôles de compétitivité que Nicolas Sarkozy souhaite développer, trois grands groupes industriels, le hollandais Philips, le franco-italien STMicroelectronics et l'américain Motorola, ont investi massivement avec l'appui de l'Etat et des collectivités locales pour inventer les puces du futur.

Près de 4 milliards d'euros ont été investis dans la décennie écoulée. Et 3,5 milliards d'euros vont être injectés dans les cinq prochaines années. Soucieux d'encourager ce type de projet, Nicolas Sarkozy a lancé un appel à projet national pour développer des zones où les grands industriels, les universités, les écoles d'ingénieurs et les laboratoires multiplient les coopérations vertueuses. «Cette procédure est apparue comme la voie la plus appropriée pour développer des partenariats locaux bâtis autour d'un diagnostic partagé des atouts d'un territoire», a affirmé le ministre. Car l'Etat ne peut plus être le seul moteur de la compétitivité industrielle comme à l'époque des Trente Glorieuses. S'inspirant d'un rapport du député Christian Blanc, Nicolas Sarkozy souhaite la mise en place de cinq ou six pôles nationaux sur le modèle de celui de Crolles et de dix ou vingt pôles industriels plus traditionnels. Car tous les secteurs sont concernés, à l'instar des biotechnologies et du textile. L'objectif est de lutter par des moyens efficaces contre les délocalisations des usines et surtout des laboratoires de recherche.
 
REUTERS du 21 06 04
Un plan gouvernemental pour créer des "pôles de compétitivité"
GRENOBLE (Reuters) - Nicolas Sarkozy a présenté les grandes lignes d'un plan gouvernemental visant à créer au moins une quinzaine de "pôles de compétitivité" grâce à des réductions de charges sociales et d'impôt sur les sociétés (IS). Le ministre de l'Economie a annoncé ce plan, inspiré d'un rapport rendu il y a un mois et demi par le député UDF Christian Blanc, lors de la visite de l'entreprise STMicroelectronics à Crolles, près de Grenoble, dans l'Isère. Il a déclaré qu'il proposerait au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin que ce dispositif de soutien à la création et au développement de "pôles de compétitivité" s'articule autour de deux volets.
 
L'EXPRESS du 26/01/2004
«La croissance ne peut venir que de l'éducation»
par Philippe Aghion et Elie Cohen
C'est un travail de deux ans qui a conduit Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, et Philippe Aghion, professeur à Harvard, deux de nos économistes les plus originaux, à boucler pour le conseil d'analyse économique du Premier ministre un rapport intitulé «Education et croissance». Un travail fondé sur un modèle théorique mis au point par Philippe Aghion et ses collaborateurs. Pour ces chercheurs, la France, qui s'est toujours contentée d'être une économie d'imitation, de rattrapage, doit désormais se développer par l'innovation. Pour y parvenir, seul le développement de l'enseignement supérieur peut stimuler la croissance. Il est donc urgent pour la France, qui a toujours négligé ses universités au profit, notamment, de l'enseignement secondaire, d'inverser ses priorités

Dépêches de presse

Christian Blanc pour le transfert des compétences économiques aux régions

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PARIS, 28 avr (AFP) -
Le député app. UDF Christian Blanc (Yvelines) prône le transfert de l'essentiel des compétences économiques de l'Etat aux régions, pour accroître la compétitivité du pays, dans un rapport remis la semaine dernière au Premier ministre.

Constatant que "les économies qui marchent sont celles qui sont fondées sur l'innovation", M. Blanc estime qu'il faut promouvoir "l'interaction entre universités, recherche et entreprises dans les territoires qui le permettent". Le "plus approprié" est la région, a-t-il déclaré lors de la présentation mercredi à la presse de son rapport "L'Ecosystème de la croissance".

L'ancien PDG d'Air France a fait valoir qu'un pôle comme Saclay (Essonne), qui réunit "25.000 étudiants de haut niveau, 12.000 chercheurs publics et 4.000 chercheurs privés" connaît "une stérilité totale en matière de création d'entreprise".

Selon lui, il convient de transférer aux régions "toutes les compétences du ministère de l'Industrie à l'exception des dossiers stratégiques comme l'énergie".

Alors que la quasi-totalité des régions sont dirigées par l'opposition, M. Blanc a prôné "un pacte de croissance entre les composantes politiques et sociales, et que chacun tire dans le même sens".

Selon lui, "si on n'est pas capable, de manière durable, de faire 3% de croissance par an pour financer la solidarité, la cohésion sociale et l'intégration, notre pays court à la banqueroute et à l'explosion sociale".

M. Blanc a souhaité que le gouvernement "explique avec conviction pourquoi il est important pour le pays de transférer aux régions les compétences économiques".

France - Un plan pour créer des "pôles de compétitivité".

(c) Reuters Limited 2004.PARIS, 28 avril (Reuters) -

Le député Christian Blanc, dans un rapport présenté mercredi, propose un "plan d'action" en vue de créer en France des "pôles de compétitivité" pour que la croissance atteigne le rythme "indispensable" de 3%.

"L'objectif central de ce rapport est de rendre à l'économie française un moteur autonome de croissance, tiré par l'innovation, qui peut permettre d'atteindre le rythme de 3% par an indispensable au financement de la solidarité nationale", a déclaré lors d'une conférence de presse l'ancien président de la RATP et d'Air France;
Aujourd'hui député apparenté UDF des Yvelines, Christian Blanc a remis la semaine dernière son rapport au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui le lui avait commandé en octobre dernier.
"Le problème qui se pose dans notre pays, c'est un problème de croissance", a-t-il souligné.
"Nos systèmes verticaux et cloisonnés sont dépassés face à la mondialisation et au besoin d'innovation (...) La France a adopté au sortir de la guerre un mode d'organisation économique qui lui a bien réussi au cours des 'trente glorieuses'" mais celui-ci est désormais "dépassé", a-t-il dit.
Christian Blanc a rappelé que la France se trouve désormais à la 26e place au classement mondial de la productivité, que la meilleure université française est classée 65e et que les chercheurs français produisent 15,6% des publications scientifiques européennes, contre 17% en 1995.
L'ancien P-DG d'Air France propose donc la création de "hubs" de la connaissance, de "clusters" ou "pôles de compétitivité" comme la Silicon Valley en Californie, les biotechnologies à Boston ou la finance à Londres.
 
"ETAT D'URGENCE ECONOMIQUE ET SOCIALE"
Le plan d'action du député comporte quatre "axes": "confier aux conseils régionaux les leviers de l'économie et de la connaissance, renforcer les universités et organiser autour d'elles des campus, redéfinir l'action de l'Etat dans la recherche, favoriser le financement et la mise en réseau des entreprises innovantes".
Christian Blanc, qui estime que "nous sommes dans un état d'urgence économique et sociale", souhaite que ces réformes soient mises en place rapidement.
"Il ne s'agit pas de questions droite-gauche mais de questions nationales", a-t-il dit.
Il a précisé qu'il avait adressé son rapport à tous les présidents de régions, presque tous de gauche, en se déclarant disponible pour en débattre avec eux.
"La mise en oeuvre de ce plan prendra du temps et c'est la meilleure raison pour l'engager dès à présent. Chaque année de croissance perdue représente des milliards d'euros de dettes accumulées dans les comptes sociaux et un risque pour les générations à venir", a-t-il expliqué;
"Les partenaires sociaux sont indispensables à la réussite de la démarche et y entreront d'autant mieux qu'ils adopteront une approche plus transversale et régionale qu'à présent", a-t-il ajouté.
"Il faut faire le pari qu'ils le feront car c'est la seule manière de prévenir les délocalisations plutôt que de s'épuiser à les guérir. Si la France veut sauver son modèle social, elle doit faire la course en tête sur le terrain de la croissance." /EPI/GK.

 

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